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Révision du procès Zadorov, l’affaire judiciaire qui passionne Israël

L’affaire Zadorov, c’est le meurtre de la jeune Taïr Rada, 13 ans, retrouvée le 6 décembre 2006, tuée de plusieurs coups de couteau, dans les toilettes de son collège Nofei Golan à Katzrin, sur le Golan. L’assassinat d’une enfant et de surcroit dans l’enceinte d’une école saisit d’effroi le pays entier. Huit jours plus tard, la police arrête Roman Zadorov, un ouvrier ukrainien de 29 ans marié à une Israélienne, qui effectuait des réparations dans l’abri de l’école. Il avoue le meurtre pendant l’interrogatoire et la reconstitution, au cours de laquelle il fournit de nombreux détails. Mais trois jours plus tard, il change sa version, et affirme que les enquêteurs lui ont extorqué ses aveux. Il ne modifiera plus sa position.

A trois reprises, en 2010, en 2014 et en 2015, les juges de première instance, d’appel et de la Haute Cour établiront sa culpabilité. Mais l’affaire n’est plus seulement judiciaire. Elle est devenue publique. Les Israéliens se passionnent pour ce drame où rien ne semble clair. Zadorov, qui pendant la reconstitution, dit une chose à voix haute et le contraire à voix basse. Il y a aussi les détails que seul l’assassin pouvait connaitre, mais en même temps certains contredisent totalement le rapport d’autopsie. Et puis il y a l’absence de preuve matérielle incontestable. Même l’arme du crime n’a jamais été retrouvée. Et puis Zadorov a-t-il soigneusement nettoyé la scène de crime, ou bien n’a-t-il jamais été sur les lieux ? Quelque temps plus tard, un jeune homme vient dénoncer son ex-petite amie à la police comme étant la vraie meurtrière de la jeune Taïr. L’analyse génétique d’un cheveu retrouvé sur la victime vient un temps soutenir cette version, avant d’être abandonnée.

Des experts se querellent sur une empreinte sanglante de semelle sur le jean de la victime. Des journalistes cherchent de nouvelles pistes, la télévision produit des reportages et même une série documentaire sur l’affaire Zadorov. Et l’affaire se complique encore quand la propre mère de la victime, prend la défense du meurtrier. Zadorov est innocent, assure Ilana Rada, ce n’est pas lui qui a tué ma fille. Une opinion qu’elle maintient jusqu’à aujourd’hui, estimant qu’il faudrait plutôt chercher du côté des camarades de classe de Taïr. Bref, les passions ne retombent pas, on accuse la police, puis le parquet d’avoir enquêté à charge et de dissimuler des preuves. Cela tourne pratiquement à la théorie du complot.

Et puis voilà que la défense de Roman Zadorov qui a déjà échoué à plusieurs reprises à faire rouvrir le procès, finit par avoir gain de cause, sur la base d’une empreinte de sang de la victime dans les toilettes voisines. Un élément relevé par la police scientifique, mais que le parquet n’avait pas présenté au tribunal. En mai dernier, la Cour Suprême a considéré qu’il y avait matière à réviser le procès. Et le Procureur de l’Etat vient de décider qu’il serait rejugé à la rentrée. Mais Zadorov ne sera probablement pas remis en liberté avant. Sur les 33 procès en révision de l’histoire judiciaire d’Israël, seuls 6 ont abouti à des acquittements. En tout cas, 15 ans plus tard, le meurtre de la jeune Taïr Rada n’a pas fini de passionner les Israéliens.

Pascale Zonszain