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Guillaume d’Andlau sur Radio J: « Le Struthof illustre la dureté, le côté vicieux et esclavagiste de ces camps de concentration »

Guillaume d’Andlau, directeur du Centre européen du résistant déporté, était l’invité d’Olivier Issembert ce vendredi matin sur Radio J, à 8h50. Il est revenu sur les travaux du camp de concentration du Struthof.

Il était le seul camp de concentration nazi localisé sur le territoire français pendant la Seconde Guerre mondiale. Situé à Natzwiller dans le Bas-Rhin, le Struthof est depuis peu en rénovation. Les travaux concernent notamment l’une des dernières baraques mais aussi le bâtiment qui abritait une chambre à gaz. 

À la question de savoir quelle histoire a été jouée dans ce lieu, Guillaume d’Andlau répond : « Il a été créé en 1941. C’est un des camps de concentration dans le système concentrationnel élaboré par les Nazis. Il ouvre à côté d’une carrière où l’on souhaitait exploiter du granite pour les grands travaux du Reich. Il est en Alsace annexée. […] Il a accueilli plus de 52 000 déportés, essentiellement des déportés politiques de toute nationalité puisque 31 nations ont été rassemblées dans ce camp. Il a progressivement délaissé ses carrières pour se mettre au service de l’industrie du Reich comme beaucoup d’autres camps de concentration. Il est le premier camp qui est découvert à l’Ouest de l’Europe par les Alliés, le 25 novembre 1944. À ce moment-là il n’y a déjà plus personne sur le camp, ils ont tous été évacués et transférés vers Dachau. » Le camp de Struthof est très dur. Près de 40% des déportés y sont décédés. Il faut également savoir qu’il « illustre la dureté, le côté vicieux et esclavagiste de ces camps » de concentration.

Les travaux de rénovation ont une importance si particulière puisqu’ils s’inscrivent dans la « conservation de ces traces de la mémoire. Tous les bâtiments n’existent plus mais un certain nombre existe encore. Ils sont de mauvaise qualité puisqu’ils ont été établis de façon temporaire et en plus dans une région difficile puisque l’on est à 800 mètres d’altitude avec une météo assez rude. Ces traces-là nous en disent beaucoup. Elles ne nous diront jamais tout. Elles nous parlent de certains aspects de la vie des déportés, de la difficulté d’y vivre, des tortures qui y ont été subies. Je crois que c’est important, notamment à une époque où la plupart des anciens déportés disparaissent progressivement. Cette émotion se retrouvait avant par les témoignages des déportés et aussi par la possibilité de visiter ces lieux. Elle ne se retrouvera que par des témoignages oraux ou écrits et par ces pierres qui parlent et pourront continuer à parler ».

Parmi les aspects terribles de ce camp, Guillaume d’Andlau a voulu mettre en avant l’espace muséographique qui va être mis en place. Un espace qui a pour but de faire ressentir l’horreur de la privation. Il s’agit de la baraque cuisine. Elle aborde un « certain nombre de thématiques sur les camps et particulièrement sur cette question de la nourriture qui est un sujet absolument essentiel. C’est un sujet auquel se concentrent les rêves et les démons des déportés. Autour de cette nourriture on trouve des actes d’une générosité fantastique et en même temps des processus de vols, de confiscations de cette nourriture par ceux qui ont un pouvoir. La thématique va être d’essayer de voir comment on peut essayer de transcender cet aspect-là pour montrer comment il est symbolique. […] Physiquement on ne va pas pouvoir faire ressentir ça mais c’est surtout par les actions et les actes autour de cette nourriture que l’on va essayer de montrer l’importance de cet aspect ».

S’il y a de nombreux visiteurs, le directeur estime que cela n’est peut-être pas suffisant. « Ce sont vraiment des lieux qui permettent d’éprouver une émotion au-delà de la connaissance scientifique, et de marcher sur les pas des anciens déportés. […] C’est important de faire connaître ce site parce qu’il est sur notre territoire national aujourd’hui et donc il est à proximité. Il a pour vocation de nous faire réfléchir sur notre société d’aujourd’hui. À travers cette histoire tragique, c’est aussi de l’Homme que l’on doit parler. De l’Homme et de ses déviations, de ses déviances qui sont toujours à proximité. »

Cécile Breton