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Le long appel d’Erdogan à Herzog

Si l’on se fie au communiqué publié le 12 juillet par le président Itzhak Herzog, le président turc l’a appelé pour le féliciter pour sa prise de fonctions et les deux chefs d’Etat ont souligné l’importance des relations entre Israël et la Turquie pour la sécurité et la stabilité du Proche-Orient. Herzog et Erdogan sont également convenus de poursuivre le dialogue de manière continue, afin d’améliorer les relations bilatérales. Quand on a dit ça, on a dit l’essentiel. Alors pourquoi l’entretien téléphonique entre les deux hommes, initié par Recep Tayyip Erdogan a-t-il duré quarante minutes ?

Peut-être parce que le président turc n’avait plus parlé à un dirigeant israélien depuis 2017. Mais si le dialogue lui a manqué, c’est largement de son fait. Les relations bilatérales ont commencé à se détériorer à la fin des années 2000 et n’ont jamais retrouvé le niveau de proximité stratégique et politique qu’elles avaient connu avant l’arrivée d’Erdogan au pouvoir. Un des moyens qu’il avait trouvés pour imposer sa crédibilité de leader islamiste auprès des régimes sunnites de la région, avait été de creuser l’antagonisme avec Israël, comme une façon de se distinguer aussi de l’occident. Le dirigeant turc avait commencé par condamner Israël après l’opération Plomb Durci contre le Hamas à Gaza fin 2008. Quelques semaines plus tard, au Forum de Davos, il avait publiquement insulté le président israélien Shimon Peres. Et depuis, la situation n’avait fait que se détériorer. Le message avait été reçu fort et clair à Ankara, quand l’ambassadeur turc avait été convoqué au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, où on l’avait fait asseoir sur un siège au ras du sol, en signe d’humiliation. Mais Erdogan maintenait son cap et lançait en mai 2010, la fameuse flottille pour Gaza, composée de plusieurs bateaux affrétés par une organisation islamiste pour forcer le blocus naval. On se souvient que l’assaut du ferry Mavi Marmara par un commando de Tsahal avait fait 9 morts parmi les activistes turcs qui se trouvaient à bord.

Et il aura fallu l’intervention et la pression personnelles du président Obama en 2015, pour une réconciliation au forceps. Mais en réalité, rien n’avait réellement changé. Erdogan avait continué à condamner Israël et à soutenir le Hamas, mais aussi l’Autorité Palestinienne pour devenir une sorte de protecteur des Palestiniens, comme au temps de l’empire ottoman. Une des facettes de ses visées hégémoniques régionales, qui le conduisent aussi régulièrement à revendiquer Jérusalem comme une cité turque ou en tout cas islamique, ce qui pour lui revient au même.

Mais la Turquie d’Erdogan, qui maintient a minima ses relations diplomatiques avec Israël, a en revanche conservé des échanges commerciaux extrêmement actifs. Et cela fait déjà plusieurs mois, que le président turc envoie des signaux de rapprochement en direction d’Israël. Le ministre de l’Energie du gouvernement Netanyahou avait même reçu ce printemps une invitation officielle à participer à une conférence à Istanbul, mais l’opération Gardien des Murailles contre le Hamas avait contrarié les plans. Aujourd’hui, la Turquie en mauvaise posture économique, a besoin de se rapprocher des Etats-Unis et de l’Europe, ce qui l’incite à chercher un intermédiaire auprès d’Israël. C’est peut-être tout ce qu’Erdogan avait à expliquer durant 40 minutes au président Herzog.

Pascale Zonszain