(Crédit: Shlomi Amsalem/GPO)

Les défis de Yaïr Lapid en politique étrangère, la chronique d’Arié Bensemhoun

Ancienne vedette de la télé israélienne, le centriste Yaïr Lapid a gagné en crédibilité depuis ses débuts en politique, jusqu’à se hisser au rang de Premier ministre par alternance dans un gouvernement d’union censé signer la fin de l’ère Netanyahou.

Le nouveau chef de la diplomatie israélienne s’est engagé à améliorer le dialogue avec le parti démocrate américain et certains pays européens, qualifiant respectivement ces relations de « dangereuses » et « d’hostiles » sous Benyamin Netanyahou. 

A peine nommé, Yair Lapid a commencé, au nom de l’efficacité, par faire fusionner le ministère des Affaires étrangères avec celui des Affaires stratégiques, chargé du dossier BDS. Puis, peu de temps après, il a validé les nominations d’une trentaine d’ambassadeurs et de consuls généraux à travers le monde, alors que celles-ci avaient été gelées par le précédent gouvernement.

Le nouveau ministre des Affaires étrangères s’est donné pour priorité d’opérer un rapprochement stratégique avec l’Administration Biden : d’une part en prenant l’engagement de prévenir Washington de toute initiative militaire israélienne contre l’Iran ; ensuite, en votant avec les Américains en faveur d’une mission d’inspection sur les persécutions que subiraient actuellement les Ouïghours en Chine. 

Son premier rendez-vous décisif s’est donc déroulé à Rome avec son homologue américain Antony Blinken. Au cours de leur rencontre, les deux hommes ont évoqué  leurs intérêts communs au Moyen-Orient. La discussion semble avoir porté ses fruits puisque les Américains ont accepté de tenir compte des remarques sécuritaires israéliennes dans la préparation laborieuse du renouvellement de l’accord de Vienne avec l’Iran. 

Fin juin à Abou Dhabi, le ministre israélien des Affaires étrangères a su aussi séduire les Emiratis, en rappelant le rôle « d’architecte » joué par Benyamin Netanyahou dans la réalisation des accords d’Abraham, rassurant ainsi ses interlocuteurs en leur donnant un gage de changement dans la continuité, avec la promesse de rester vigilant face aux menaces du nucléaire iranien.

En visite à Bruxelles depuis dimanche, Yaïr Lapid a rencontré le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, tandis qu’Israël cherche à renforcer ses relations avec le bloc européen. C’est la première fois depuis 12 ans qu’un ministre israélien s’exprime au Conseil des ministres des affaires étrangères de l’Union Européenne. « Nous avons évoqué l’importance des liens entre Israël et l’Union européenne, notamment sur le plan économique », a tweeté Yaïr  Lapid à l’issue de la réunion, sans donner plus de détails.

Les liens entre Israël et l’UE, et Josep Borrell en particulier, ont souvent été tendus du fait d’allégations de partialité envers les Palestiniens. Le mois dernier, Israël aurait boycotté une visite de l’envoyé pour la paix de l’UE en raison du manque de soutien de Borrell lors des récents combats contre les groupes terroristes de Gaza.

Dans le cadre de son voyage, Yaïr Lapid s’est aussi entretenu avec le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Shukri pendant environ une heure ; les deux hommes ont discuté de diverses questions sécuritaires et politiques. Le ministre israélien a également évoqué la question des prisonniers et des dépouilles de soldats détenues par le Hamas à Gaza. Ils ont aussi discuté des moyens de renforcer la sécurité de l’État d’Israël face aux menaces terroristes et d’un certain nombre d’options concernant l’aide humanitaire à la bande de Gaza. Alors que les dirigeants des organisations terroristes menacent régulièrement d’attaquer Israël, près de deux mois après la dernière agression du Hamas, le Premier Ministre Naftali Bennett a promis que l’Etat hébreu continuerait de répondre avec force à toute nouvelle attaque.

Pour l’heure, Yaïr Lapid donne l’image d’un ministre hyperactif avec des déplacements déjà fréquents à l’étranger, de nombreux entretiens, des rencontres fructueuses avec ses homologues américains, arabes ou européens.

L’Europe demeure un défi de taille pour la diplomatie israélienne. Si l’UE entend jouer un rôle d’influence dans le processus de paix israélo-palestinien, il faudra œuvrer pour qu’elle adopte une politique plus équilibrée vis-à-vis d’Israël. 

Car, sur ce dossier, contrairement à Netanyahu et aux ministres des Affaires étrangères qui ont servi sous lui, Lapid a soutenu sans réserve l’idée d’un État palestinien, bien qu’il ait admis que les efforts à cette fin n’avançaient pas et qu’Israël n’accepterait de faire la paix qu’avec un État palestinien démocratique qui cherche vraiment une fin au conflit.

« Ce n’est un secret pour personne que je soutiens une solution à deux États, malheureusement, il n’y a pas de plan actuel pour cela », a-t-il déclaré.

Rajoutant : « Cependant, il y a une chose dont nous devons tous nous souvenir. S’il y a finalement un État palestinien, ce doit être une démocratie éprise de paix. On ne peut pas nous demander de participer à la construction d’une autre menace pour nos vies ».

Enfin, Yaïr Lapid devra désigner, dans les prochains jours, le futur ambassadeur d’Israël à Paris. Un poste occupé brillamment, ces derniers mois, par Daniel Saada, mais qui sera vacant après le retour prochain de ce dernier en Israël. Le suspense reste entier, mais gageons que nous en saurons plus, la semaine prochaine. Nous en reparlerons.

Arié Bensemhoun