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Le chaos libanais inquiète Israël

C’est le ministre israélien de la Défense en personne, qui a offert cette semaine l’aide d’Israël au gouvernement libanais. Benny Gantz s’est adressé au commandement de la Finul, la force d’interposition de l’Onu au sud-Liban, pour transmettre son offre. Sans aucune illusion, puisqu’en Israël on sait parfaitement que Beyrouth n’acceptera jamais le moindre geste en provenance de Jérusalem. Cela avait déjà été le cas en août dernier, quand les Israéliens avaient proposé d’assister le Liban après l’explosion dans le port de Beyrouth.

Mais cette annonce avait surtout pour but d’attirer l’attention des occidentaux, Européens et Américains, sur la gravité de la situation au Liban et des risques de déstabilisation qu’elle comporte. Il s’agissait d’exploiter l’occasion de la déclaration du chef du gouvernement libanais de transition, Hassan Diab, qui a mis en garde au début de la semaine sur l’imminence d’une explosion sociale dans son pays.

A ce stade, les programmes d’aide proposés par les Etats-Unis, mais aussi par la France, se heurtent au blocage opposé par le Hezbollah, qui ne veut surtout pas voir les puissances occidentales reprendre pied au Liban. Quant à l’aide promise par les régimes arabes sunnites, en particulier l’Arabie Saoudite et les monarchies du Golfe, elle tarde aussi à arriver, car ces pays craignent de la voir détournée à son profit par le mouvement chiite pro-iranien.

Ce qui inquiète Israël dans ce contexte, c’est qu’en l’absence d’une assistance minimale rapide, le Liban plonge dans un chaos social et économique que le Hezbollah pourrait exploiter en prenant le pouvoir. Même si ce scénario reste à faible probabilité, il ne peut être écarté. Autre possibilité, celle de voir le mouvement chiite demander à son patron iranien d’injecter des fonds dans l’économie libanaise, en commençant par exemple par lui livrer du pétrole, alors que le pays ne dispose plus que de quelques heures d’électricité par jour. De même, la levée annoncée des sanctions contre l’Iran, permettrait au régime de Téhéran de reprendre un financement à grande échelle du Hezbollah, notamment en lui livrant des armes.

Bref, dans tous les scénarios, l’absence d’une aide internationale d’urgence risque de faire tomber le Liban dans les bras de l’Iran, ou au moins de faciliter sa montée en influence. Le Liban est déjà fragilisé par la crise politique, la crise sanitaire et maintenant la crise économique, qui peut faire basculer le pays à tout moment. Il faut donc évaluer les risques que comporte la fourniture d’une assistance et parer au plus pressé. Pour Israël, il faudrait ainsi commencer par préserver le fonctionnement de l’armée libanaise, qui même affaiblie, reste encore un rempart utile pour empêcher la mainmise totale du Hezbollah sur le sud du pays.

Il y a donc du côté d’Israël ces derniers temps un dialogue constant avec les gouvernements occidentaux, mais aussi avec ses nouveaux alliés sunnites du Golfe pour tenter de trouver un moyen d’aider le Liban tout en empêchant l’Iran de s’y installer, comme l’avait fait la Syrie il y a 40 ans lors de la guerre civile. Car un Liban dans le chaos serait un danger pour toute la région.

Pascale Zonszain