(Crédit: chaîne de la Knesset)

Itzhak Herzog président, résilience et continuité d’Israël

Difficile d’imaginer que les députés qui ont accueilli et applaudi le président sortant Rivlin et le président élu Herzog, mercredi à la Knesset, étaient les mêmes députés qui quelques heures plus tôt, s’invectivaient sur les bancs de l’assemblée, à coups d’insultes et de hurlements. Reuven Rivlin, comme Itzhak Herzog ont d’ailleurs tous les deux insisté sur la nécessité de rétablir l’unité au cœur de la société israélienne. Et la cérémonie d’investiture du onzième président d’Israël est arrivée à point nommé pour remettre en avant les symboles de l’Etat et le fait, ainsi que l’a rappelé Reuven Rivlin, que « l’Etat d’Israël ne va pas de soi ». La crise politique de ces deux dernières années et les poussées de fièvre qui l’ont accompagnée ont presque fait oublier que la démocratie israélienne a à peine 73 ans et qu’il faut prendre la mesure de son importance et de la nécessité de la préserver.

Car il y avait beaucoup de symboles dans cette passation de pouvoirs. La bible sur laquelle Itzhak Herzog a prêté serment lui venait de son arrière-grand père, rabbin à Glasgow. Elle est ensuite passée à son grand-père, Itzhak Halevi Herzog, premier Grand rabbin d’Israël, rédacteur de la prière pour l’Etat et celui qui a conduit des milliers d’enfants juifs orphelins de la Shoah vers Eretz Israël. Puis c’est sur cette bible que son père, Haïm Herzog avait prêté serment comme sixième président de l’Etat d’Israël. C’est à la fois le symbole d’une continuité juive et d’une continuité israélienne, qui inscrit l’Etat moderne dans l’histoire plus large du peuple juif. Exactement ce qu’il fallait pour relativiser les querelles qui agitent depuis quelques mois la classe politique israélienne et alors que sa société a traversé une de ses plus fortes tempêtes.

On peut y voir la manifestation d’une élite, celle d’une famille ashkénaze venue d’Europe pour former la classe dirigeante d’un nouveau pays. Mais c’est plutôt le signe d’une forme de stabilité, d’un enracinement en formation. Tous les symboles de l’Etat d’Israël jouent ce rôle de transmission identitaire, tels que les avaient voulus les fondateurs du pays. Mais il faudra plus que cela pour ressouder les morceaux. Et c’est là qu’intervient le président de l’Etat, qui doit être une sorte d’autorité morale et qui doit rappeler le peuple et ses élus à l’ordre quand ils s’égarent dans les querelles et les divisions. C’était la tâche entreprise par Reuven Rivlin, et qui doit maintenant être poursuivie par Itzhak Herzog.

Le onzième président israélien a déjà pour lui d’avoir été élu avec un nombre de suffrages record de 87 députés sur les 120 que compte la Knesset. Ensuite, son expérience politique, mais aussi de président de l’Agence Juive devraient lui donner les moyens de se faire entendre par les dirigeants israéliens, par les chefs d’Etat étrangers et par les communautés de diaspora. Quand Reuven Rivlin avait pris ses fonctions en juillet 2014, Israël était sous les bombardements de roquettes du Hamas. Aujourd’hui, Itzhak Herzog entame son mandat alors qu’Israël traverse des épreuves intérieures, sanitaires et sociétales, mais aussi au moment où Israël renouvelle son personnel politique. Preuve de la résilience de sa démocratie.

Pascale Zonszain