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Présidence Rivlin, retour sur un septennat

En Israël, la présidence de l’Etat fait un peu penser à celle de la France sous la 3e République. Autrement dit, une fonction plutôt honorifique et représentative et sans contenu politique. Sauf bien sûr, quand il s’agit de nommer le candidat chargé de former le gouvernement. Et sur ce plan, on peut dire que Reuven Rivlin aura été sollicité au-delà de ce qu’il pouvait imaginer. Cinq fois en un seul septennat, même pour Israël, ça fait beaucoup. Et puis, Ruby Rivlin, a dû composer pendant presque toute la durée de son mandat avec Benyamin Netanyahou, alors que les deux hommes ne s’apprécient pas particulièrement. Cette antipathie mutuelle a parfois donné l’impression d’une rivalité politique, alors pourtant que les rapports entre le président de l’Etat et son Premier ministre sont toujours restés rigoureusement alignés sur le protocole et la répartition des pouvoirs.

Ce qui a notamment permis à Reuven Rivlin de servir de relais diplomatique à certaines périodes sensibles où il fallait arrondir les angles avec le roi de Jordanie ou le chef de l’Autorité Palestinienne, mais toujours avec l’aval du chef du gouvernement israélien. Rivlin et Netanyahou, deux générations du Likoud qui partagent la même idéologie. Mais quand le député est élu à la présidence en 2014, il met de côté ses opinions comme sa fonction l’y oblige. Mais Ruby, comme on le surnomme en Israël, n’adopte pas pour autant la neutralité et continue à participer au débat public, quand il estime que c’est de son devoir. Au risque de choquer ou de faire grincer des dents dans son camp politique d’origine. C’est le cas par exemple quand il annonce qu’il refusera d’amnistier Elor Azaria, ce jeune appelé de Tsahal condamné à 18 mois de prison pour avoir abattu un terroriste blessé à Hébron en 2016.

Et Rivlin restera aussi comme le président qui se veut un témoin objectif et sans concession de la réalité de son pays. Dès 2015, un peu moins d’un an après son investiture, Reuven Rivlin prononce un discours qui fera date. Dans ce qu’on appellera le « discours des tribus », le 10e président israélien dresse un état des lieux de la société israélienne et constate qu’elle s’est en fait divisée en quatre tribus : les laïcs, les religieux, les ultra-orthodoxes et les Arabes. Chacune de ces tribus, explique-t-il, a son propre système éducatif et donc ses propres valeurs. Et de surcroit, deux de ces tribus, les juifs ultra-orthodoxes et les Arabes israéliens, vont représenter à moyen terme la moitié de la population du pays, sans avoir à l’égard de la société israélienne un réel sentiment d’appartenance. Pour répondre à cette « tribalisation », Reuven Rivlin propose un programme intégratif dans tous les secteurs de la vie sociale

Pascale Zonszain