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Pierre Lurçat sur Radio J: « Le discours antisioniste se banalise »

Pierre Lurçat, essayiste et spécialiste de l’histoire du sionisme, était l’invité d’Ilana Ferhadian ce mardi matin sur Radio J, à 7h47. Il est revenu sur les répercussions et les origines d’un antisionisme contemporain. 


Aujourd’hui, l’antisémitisme ne se définit plus comme tel. Il se définit comme antisionisme, autrement dit une manière détournée de montrer sa haine des Juifs sans pour autant être condamné. Dans son ouvrage Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, Pierre Lurçat évoque le phénomène multiformes de l’antisionisme. Il ne parle pas de l’antisionisme juif orthodoxe ou de l’antisémitisme marxiste, mais avant tout de l’antisionisme soviétique et de l’antisionisme arabe et musulman. « C’est une idéologie qui a des racines multiples et qui prend des formes très diverses. Je me suis intéressé à l’antisionisme radical, celui que l’on voit aujourd’hui. […] C’est l’antisionisme à la fois comme discours radical et aussi une idéologie. Ce ne sont pas seulement des insultes et des slogans », explique-t-il.

Il faut également savoir que le conflit israélo-arabe est un conflit mal connu historiquement. De nombreux faits enseignés dans les écoles et universités sont également erronés. Des mythes ont de surcroît pris une forme historique. Parmi eux, le premier est celui d’un peuple palestinien. Pierre Lurçat explique que, « dans la construction du peuple palestinien, c’est à nouveau la très vieille théologie de la substitution. On a voulu remplacer le peuple juif. On a élaboré un nouveau peuple qui n’existait pas. À l’époque, les Palestiniens c’étaient les Juifs. Aujourd’hui on parle des Palestiniens comme si c’était eux les autochtones de la terre d’Israël. Quelque part ils se sont substitués aux Juifs. Ils ont aussi remplacé les Juifs dans l’inconscient collectif occidental ».

L’essayiste distingue cinq types d’antisionisme : la contestation de l’existence nationale du peuple juif, la contestation de la légitimité de l’État juif, la diabolisation de l’État d’Israël et, par conséquent, une contestation radicale de la politique israélienne. Contestation radicale que nous entendons d’ailleurs fréquemment de la bouche de ceux qui se cachent derrière leur antisémitisme. Selon eux, il ne s’agit toutefois pas d’antisémitisme. Pour Pierre Lurçat, cela fait partie intégrante d’un caractère antisémite. « On a le droit de critiquer Israël et c’est ce que font beaucoup les médias français et occidentaux à longueur de journée. Mais, on n’est pas dans le domaine de la critique. On est dans le domaine de l’idéologie et presque dans le domaine de la mythologie. Derrière presque toute attaque contre le gouvernement d’Israël on trouve un discours structuré dans lequel les Juifs n’ont pas le droit d’avoir un État-nation »

Récemment, Jean-Yves Le Drian alertait d’ailleurs contre un risque fort d’apartheid en cas d’abandon de la solution « à deux États ». Dès 2006, Jimmy Carter, ancien président américain, avait aussi publié le livre au titre provocateur : Palestine : la paix, pas l’apartheid. Pour Pierre Lurçat, « le plus frappant et aussi inquiétant c’est de voir que ce discours gagne de plus en plus à la fois le mainstream de l’opinion publique occidentale, et notamment française, et aussi les classes dirigeantes. […] Ça veut dire que l’antisionisme n’est plus seulement aux franges de l’échiquier politique. […] Ça veut bien dire qu’il y a une perméabilité de plus en plus grande de la classe politique à ce discours. […] Le discours antisioniste se banalise »

Malgré cela, la situation évolue. En effet, les accords d’Abraham concluent entre Israël et plusieurs pays arabes ont permis de légèrement inverser la situation et de dépasser l’antisionisme arabo-musulman qui existait depuis des années dans certains pays arabes. « C’est le grand paradoxe de la réalité d’Israël aujourd’hui. Au moment même où la réalité est de plus en plus éloignée des mythes que véhicule le discours antisioniste. […] Aujourd’hui, ce que l’on voit apparaître, c’est une paix authentique dans laquelle des pays arabes, musulmans reconnaissent Israël pour ce qu’il est, c’est-à-dire reconnaissent le lien consubstantiel entre l’Israël d’aujourd’hui et l’Israël des origines. Les Arabes reconnaissent cette réalité historique et identitaire. De son côté, Israël reconnaît aussi le lien entre les Arabes d’aujourd’hui et notre ancêtre commun Abraham ». Face à cela, le discours antisioniste peut paraître particulièrement loin de la réalité. 

Finalement, « le conflit interne au monde arabo-musulman est de plus en plus violent, justement parce qu’une partie du monde arabo-musulman a accepté l’existence d’Israël et l’identité d’Israël ».

Cécile Breton