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Yohan Benizri sur Radio J: « Cette année il y a eu une augmentation fulgurante des incidents antisémites en Belgique »

Yohan Benizri, président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB), était l’invité d’Ilana Ferhadian ce vendredi matin sur Radio J, à 7h47. Il est revenu sur le retrait de la sécurité devant les établissements juifs en Belgique en septembre et ambiance générale pour la communauté juive dans le pays

Depuis l’attaque devant le musée juif de Bruxelles en mai 2014, l’armée était présente devant les bâtiments juifs. Toutefois, à partir du 1e septembre prochain la protection assurée par les soldats devant les synagogues et les lieux juifs en Belgique sera levée. Ce retrait des militaires décidé par Bruxelles a lieu alors que l’antisémitisme augmente en Europe. Il faut aussi savoir qu’environ 35 000 Juifs vivent actuellement en Belgique, principalement à Bruxelles et à Anvers. 

Yohan Benizri nous explique pourquoi cette décision a été prise : « Les militaires n’ont pas vocation à rester dans les rues d’un pays indéfiniment. Nous ne sommes pas un pays en guerre et donc, a priori, on n’avait pas vocation à avoir toutes nos institutions protégées par des militaires indéfiniment. Cela étant, c’est le niveau de la menace qui a justifié la présence de militaires devant les grandes institutions et aux abords de nos évènements et, malheureusement, ce niveau de menace n’a pas baissé. Nous nous sommes concertés avec les autorités de notre pays pour nous assurer que le niveau de protection qui resterait après le retrait des militaires s’il devait avoir lieu serait fonctionnellement équivalent. […] Nous nous inquiétons car cette année il y a eu une augmentation fulgurante des incidents antisémites, la solution fonctionnellement équivalente ne nous semble pas encore tout à fait prête et, à la rentrée de septembre », il y a plusieurs évènements et notamment la rentrée des classes. 

Si les alternatives lui conviennent, c’est plutôt leur mise en œuvre qui lui pose problème. « Il s’agit, pour ce qui concerne la Belgique, de mettre du bleu à la place du vert, c’est-à-dire de mettre plus de policiers, plus de reconfier à des unités de police qui sont spécialement formées à ce risque les missions qui étaient confiées aux militaires. Aujourd’hui, ce n’est pas tout à fait le cas. »

Pour beaucoup, cette situation est particulièrement inquiétante. Malgré cela, Yohan Benizri explique qu’ils sont raisonnablement confiants sur le fait qu’ils vont trouver une solution. Toutefois, « nous avons la rentrée dès demain en quelque sorte. Nous ne sommes pas parfaitement rassurés sur les conditions de la rentrée ».

Des manifestations de haine ont également déjà eu lieu dans les rues de Bruxelles. Des manifestations au cours desquelles nombreux ont été ceux à appeler à « la guerre contre les Juifs. […] Ce n’était pas quelque chose contre les Israéliens, ce n’était pas quelque chose contre la politique d’un gouvernement particulier, c’était vraiment contre les Juifs de Belgique. Nous avons interpellé nos autorités sur cette question et un procès-verbal a été dressé. Il y a eu des réactions politiques. Ce qui m’inquiète c’est que ce n’est pas suffisant. […] Manifestement quelque chose que l’on a mis en place ne fonctionne pas. Ces appels à la guerre contre les Juifs ne sont pas des incidents isolés. Nous avons eu des incidents assez graves à Anvers avec des agressions physiques. Nous avons eu depuis quelques années une libération de la part antisémite, non seulement sur les médias sociaux mais même dans le monde politique. […] Le discours antisémite est prévalant ». 

Finalement, il y a quelques semaines, le CCOJB avait déclaré que l’antisémitisme gagnait les élites en Belgique. « Le problème c’est que le Spiegel en Allemagne a bien révélé un problème parce qu’il a relevé un certain nombre d’incidents qui nous interrogent sur la manière dont les élites traitent du discours public. […] Je crois qu’il y a manifestement quelque chose qui ne va pas. Je ne traite pas nos ministres d’antisémites. Je dis simplement que le discours qu’ils utilisent actuellement n’est pas assez prudent et est contaminé d’antisémitisme. J’espère que l’on peut arriver au constat que nous avons en Europe un discours qui s’étend et quelque chose qui est manifestement inquiétant. Je crois qu’il faut réaliser qu’il y a une augmentation nette, que tout le monde en parle. »

Cécile Breton