(Crédit: capture d'écran)

Nellu Cohn sur Radio J: « C’est le premier grand massacre de la Seconde Guerre mondiale »

Nellu Cohn, directeur de l’antenne de Radio J et réalisateur du film La mort en face, le pogrom de Iasi, était l’invité d’Ilana Ferhadian ce jeudi matin sur Radio J, à 7h47. Il est revenu sur les 80 ans du pogrom de Iasi en Roumanie. 

Les événements ont eu lieu il y a 80 ans. Du 28 juin au 6 juillet 1941 s’est déroulé l’effroyable pogrom de Iasi. Il s’agit de l’un des pires massacres de Juifs perpétré dans la Moldavie roumaine lors de la Seconde Guerre mondiale. Près de 15 000 juifs ont été assassinés. Nellu Cohn connaît bien la situation historique de la Roumanie pendant cette période. Il faut également savoir qu’il a réalisé le film La mort en face, le pogrom de Iasi. Une envie qui n’était pas sans hasard puisqu’il est né dans cette ville en 1956. Alors que peu de Juifs y étaient restés, il y a grandi avec ce traumatisme. « Ma famille fait partie des survivants de ce pogrom », explique-t-il. « Pour moi c’est une histoire familiale évidemment. À l’époque, on ne se posait pas la question de savoir si les enfants étaient traumatisés ou pas. Je connais cette histoire depuis que je suis né. Ma mère la racontait en permanence : l’histoire des trains et le massacre dans la ville. » 

Nellu Cohn nous explique aussi que sa mère a vu passer des milliers de Juifs depuis sa cachette. « Ils étaient cachés dans une sorte de rez-de-jardin. Donc elle a vu tout ça. […] Des gens qui étaient morts ont été laissés dans la rue plusieurs jours. […] Ils m’ont tous raconté cette histoire mais pas comme un historien. Autrement dit, en travaillant sur le film, je me suis rendu compte qu’il y avait des erreurs. Mais ça c’est normal. Dans chaque évènement il y a l’histoire personnelle qui ne correspond pas forcément à ce que les historiens trouvent derrière. »

Le 29 juin 1941 correspond au point d’orgue des massacres commis contre les Juifs. « C’est le premier grand massacre de la Seconde Guerre mondiale », précise le directeur de l’antenne. « Le massacre a eu lieu un dimanche et c’est important de dire dimanche car les gens ne travaillaient pas sauf les fonctionnaires de la préfecture. »

Il faut également savoir que la population a participé à ce massacre. À l’époque, les Juifs sont perçus comme des ennemis de l’intérieur. « Celui qui a initié ce pogrom c’est le dictateur de l’époque, Ion Antonescu, qui s’appelait lui-même le ‘Pétain roumain’. […] C’est lui qui a initié tout dans une ville où 50% de la population était juive. Il y a plus de 50 000 Juifs, 112 synagogues, des écoles, un hôpital, une vie juive très riche ». 

Les Juifs ont « souffert de cette guerre autant que les autres. Sauf que, on pensait que les Juifs, avec des petites lanternes, envoyaient des signaux à l’armée soviétique. Et on a arrêté les gens chez qui on a trouvé des tissus rouges ». À cette époque, les autorités roumaines ont même demandé aux personnes de mettre une croix devant leur porte pour signaler qu’elles ne sont pas juives. « D’ailleurs, la famille de ma mère a survécu grâce à ça. Ma grande tante a mis une grande croix sur sa porte et elle a dessiné des croix sur la maison. […] Les militaires qui arrêtaient n’étaient pas de la ville donc, ils avaient besoin de leurs voisins qui dénonçaient leurs voisins. Il y a des voisins qui sont venus et ma grande tante leur a donné des bijoux pour partir ». 

Ce massacre s’est aussi déroulé dans un train. « Dans un premier temps, le dimanche, les gens ont été raflés de partout dans la ville. À un moment donné ils se sont dit qu’il y avait trop de Juifs. […] L’ordre officiel était l’évacuation des Juifs. Vers 11h du matin ils ont pris la décision de donner à chaque Juif un papier sur lequel il y avait marqué ‘libre’. » Tous les Juifs se sont ainsi rendus à la préfecture afin de récupérer ce document. Toutefois, « ils ne pouvaient plus sortir et […] vers 13h, des mitraillettes se sont mises en place. Tout le pâté de maison a été encerclé par l’armée et ils ont commencé à tirer dans le tas ». Les Juifs étaient essentiellement des hommes entre 16 et 50 ans. Nombreux sont ceux à s’être réfugiés dans un cinéma. Néanmoins, l’armée a pu y rentrer. « On considère qu’entre 300 et 500 personnes ont été assassinées dans le cinéma. »

Cet évènement est également celui le plus photographié de la Shoah. « On connaît aujourd’hui 137 photos de ce massacre ». Ceux qui ont échappé au massacre de la préfecture ont ensuite été emmenés dans deux trains. « Un premier train avec 2 590 personnes. C’était que des hommes. […] À l’arrivée, il y avait 1 011 survivants. 100 sont morts dans les 24 heures. Il y a eu un deuxième train avec des hommes, femmes et enfants avec 1 902 personnes dans le train. 708 ont survécu dont 36 femmes ».

Cécile Breton