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Entre la Pologne et Israël, toujours la Shoah

Si les relations ont pu s’apaiser avec le temps entre Israël et l’Allemagne, on ne peut pas en dire autant de ses rapports avec la Pologne. C’est un nouveau texte adopté jeudi par le parlement polonais qui a mis le feu aux poudres. Les actions en restitution ou en indemnisation pour les biens juifs saisis pendant l’occupation nazie et nationalisés par les communistes après la guerre, et qui ont été ouvertes depuis trente ans sans obtenir de résultat, seront automatiquement frappées de prescription et donc annulées. « Aussi longtemps que je serai au pouvoir, la Pologne ne versera pas un centime pour les crimes des Allemands » avait affirmé vendredi le Premier ministre polonais, qui réagissait aux propos de Yaïr Lapid après le vote de la loi. Le ministre israélien des Affaires étrangères avait qualifié le texte de « déni de justice et de honte qui porte atteinte aux droits des survivants de la Shoah, de leurs héritiers et des membres des communautés juives qui avaient vécu en Pologne durant des siècles ». La réponse du ministère polonais des Affaires étrangères ne s’était pas fait attendre et avait réaffirmé sa position polémique sur la totale innocence de la Pologne, qui a été victime des nazis. La chargée d’affaires israélienne à Varsovie a été convoquée par le ministère polonais des Affaires étrangères pour une protestation officielle face à ce que la chancellerie appelle « l’ingérence d’un pays étranger dans ses affaires intérieures ». Au début des années 90, avec la chute du communisme, la reprise des relations entre la Pologne et Israël semblait partir sur de bonnes bases et le pays semblait disposé à affronter ses démons. En 2009, la Pologne avait même signé la déclaration de Terezin sur les réparations pour les biens spoliés durant la Seconde guerre mondiale. Mais elle reste le seul pays d’Europe à n’avoir jamais passé de législation sur la restitution des biens spoliés durant la Shoah, et elle n’a jamais facilité ce type de procédure, ni devant ses administrations, ni devant ses instances judiciaires.

Et cela s’ajoute au texte adopté par les deux chambres polonaises en 2018 sur l’exemption historique de toute culpabilité de la Pologne dans les crimes nazis et la pénalisation de propos affirmant le contraire. Après quelques mois de tension et la publication d’une déclaration conjointe des Premiers ministres israélien et polonais, les relations s’étaient calmées, même si en Israël, la mémoire de la Shoah est toujours à vif. Surtout quand des historiens se retrouvent poursuivis en diffamation devant des tribunaux polonais, quand leur domaine de recherche ne correspond pas à la ligne officielle désormais voulue par le gouvernement de Varsovie.

La justice réparatrice est avant tout un symbole. Et la Pologne ne se rend pas service en la refusant aux victimes, car elle atteint l’inverse de l’objectif recherché. Les survivants de la Shoah et leurs descendants qui ne pourront pas recevoir de réparation de la Pologne, se souviendront seulement d’elle par la négative. Et en Israël, cela fait beaucoup de monde.

Pascale Zonszain