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Leçons du premier tour des Régionales et Départementales, la chronique d’Arié Bensemhoun

Dans sa chronique mardi 22 juin à 7h05 dans le Morning de Radio J au micro d’Ilana Ferhadian, le directeur exécutif d’Elnet France est revenu sur le premier tour des élections régionales et départementales en France.

Au lendemain du premier tour des élections régionales et départementales, un premier bilan s’impose. Tout d’abord, la majorité des observateurs s’accordent sur un point essentiel : le grand vainqueur de ces élections n’a ni visage, ni couleur politique, c’est l’abstention, avec près de 67% des électeurs qui ont boudé le scrutin. Un taux historiquement élevé, jamais atteint sous la Vème République pour une élection à deux tours, qui en dit long sur le désamour ou le désintérêt des Français pour la chose politique. 

Plusieurs raisons pourraient expliquer ce manque d’engouement pour les urnes. Pas encore tout à fait sorti de la pandémie, le pays reprend néanmoins vie peu à peu. Après plus d’un an de restrictions anxiogènes, et autres confinements, il n’est pas surprenant que les Français aient tout simplement souhaité profiter de cette liberté retrouvée.

De plus, les élections locales sont généralement maltraitées en raison du fameux « mille-feuilles territorial ». En effet, les compétences des conseils régionaux et départementaux sont peu connues des électeurs, tout comme les élus eux-mêmes qui ne parviennent pas à faire émerger les véritables enjeux de ces scrutins. Les candidats ne sont pas en mesure de se faire entendre pour parler concrètement des problématiques qui concernent directement les Français. Et puisqu’il faut un coupable, c’est forcément la faute du gouvernement en charge de l’organisation des élections. Plusieurs candidats ont dénoncé la désorganisation et affirmé que leurs professions de foi n’étaient jamais arrivées dans les boîtes aux lettres, empêchant de fait la population de se familiariser avec les visages et les programmes.

Confus, les électeurs s’en remettent aux médias qui ne jurent que par le prisme national, oubliant totalement l’échelon départemental pour se consacrer à quelques régions-clés dont les têtes de listes sont pressenties ou déjà déclarées pour l’élection présidentielle de 2022. Considérés comme le quatrième pouvoir, les médias jouent un rôle essentiel dans cette démobilisation car ils ont été incapables d’éclairer le débat. Si recule démocratique il y a, ils en portent assurément une part de responsabilité.

Beaucoup et surtout au RN, espéraient faire de cette élection un test grandeur nature à moins d’un an de l’élection présidentielle. Sous cet angle, il semble que le parti d’extrême droite ne parvienne pas à convaincre de sa crédibilité compte tenu de son incompétence et de son programme, profondément nauséabond. Les représentants du RN affirment régulièrement qu’ils ne peuvent être jugés puisqu’ils n’ont jamais été au pouvoir. C’est évidemment FAUX… Dans les années 1940, c’est bien l’extrême droite collaborationniste, pétainiste et antisémite qui était au pouvoir. Ce sont des anciens du régime de Vichy qui ont créé le Front National et inspiré son idéologie jusqu’à aujourd’hui même si le FN est devenu le Rassemblement National. Alors, MERCI , mais on a déjà donné ! 

Le RN vient de subir un vrai revers. Il n’est pas le premier parti de France, comme il se plait à le répéter un peu trop souvent, et c’est une excellente nouvelle qui démontre que le corps électoral sait se montrer responsable et accorder sa confiance à ceux qui ont déjà prouvé leurs compétences et leur engagement, contrairement à Marine Le Pen et ses affidés. Les extrêmes restent donc en retrait, y compris la France insoumise et les écologistes qui avaient pourtant réalisé une percée significative lors des élections municipales. 

La recomposition du paysage politique ne fait que commencer. Les résultats de ce premier tour sont également décevants pour la majorité présidentielle qui manque d’implantation locale mais Emmanuel Macron reste fort et dispose d’un socle électoral solide. La gauche républicaine continue à bénéficier de son ancrage territorial qui peut lui permettre de rebondir. Quant aux Républicains qu’on disait perdus, ils sont en tête avec près de 30% des voix au niveau national. Le duel Macron / Le Pen tant annoncé est loin d’être garanti. La partie est loin d’être pliée et le jeu est plus ouvert que jamais. 

C’est donc avec toutes ses forces politiques de gouvernement qu’il faudra compter pour organiser non pas un « Front Républicain » inefficace et dépassé, mais une « coalition républicaine » moderne qui nous permettra de tourner la page des populismes sans compétences, ni programmes et de redonner à la France sa place place parmi les grandes puissances économiques et politiques dans le monde.

Il reste moins d’une semaine pour transformer l’essai de ce premier tour des régionales et lever l’hypothèque que les extrêmes font peser sur notre démocratie, en particulier en région Sud où le RN reste fort, et moins d’un an pour sortir la France de l’impasse. 

Nous en avons les moyens pourvu que nous en ayons la volonté, d’autant que nous avons également sur qui nous appuyer, car notre pays ne manque pas de leaders dont il faut être capable de conjuguer les talents au service du redressement de la France.

Arié Bensemhoun