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Mahnaz Shirali sur Radio J: « On sait que le mensonge est toujours le dernier mot du régime »

Mahnaz Shirali, sociologue et politologue spécialiste de l’Iran et autrice de l’ouvrage Fenêtre sur l’Iran, le cri d’un peuple bâillonné, paru aux éditions Les Pérégrines, était l’invitée d’Olivier Issembert ce vendredi matin sur Radio J, à 8h50. Il est revenu sur les enjeux des élections présidentielles iraniennes. 

C’est ce vendredi que les Iraniens doivent élire leur nouveau président. Les élections se déroulent dans un contexte économique et social plus que tendu et envenimé par la pandémie du coronavirus. Alors que les conservateurs devraient l’emporter, l’abstention devrait être la grande gagnante. Ce scrutin présente donc divers enjeux. « Ce jour est extrêmement important pour les Iraniens, dans le sens où ils ont décidé de boycotter les élections. Et, on […] est en train de constater une solidarité nationale qui est en train de se produire. Les uns et les autres appellent leurs compatriotes à ne pas aller aux urnes et de ne pas voter. Parce qu’ils estiment que la République islamique est complètement verrouillée. Elle est complètement incapable de se réformer. […] L’opinion des Iraniens ne rentre pas en ligne de compte de leur dirigeant tant que toutes les décisions se font à l’insu du peuple. Donc le peuple n’a pas l’intention d’aller aux urnes. »

À la question de savoir si l’on assistera à une abstention record, Mahnaz Shirali répond : « Déjà en février 2020, pour les élections au Parlement, il y a eu 57 % de taux d’abstention. C’était un taux record dans l’histoire de la République islamique. Mais, aujourd’hui, selon les estimations officielles du régime, il y a à peu près 20 ou 30 % des Iraniens qui ont dit oui et qui ont décidé d’aller aux urnes. Alors que 70 % des Iraniens, selon les sondages officiels, n’ont pas l’intention de voter. » Toutefois, ils ne s’attendent pas à beaucoup de « transparence ». « On sait que le mensonge est toujours le dernier mot du régime. »

Dans cet appel au boycott, « les réseaux sociaux ont une très grande importance. […]. L’Iran est une société fermée. Il n’y a rien. Il n’y a pas de presse, il n’y a pas de télévision […] libre. Dans un pays aussi fermé comme l’Iran, évidemment, les réseaux sociaux jouent un rôle extrêmement important ». Pour la sociologue, les réseaux sociaux « traînent le coup de la société. Par contre, je ne suis pas persuadée que les réseaux sociaux influencent la société. C’est plutôt comme un miroir qui reflète ce qui est à l’intérieur de la société. Ce que les réseaux sociaux nous montrent actuellement, c’est cette décision collective des Iraniens de ne pas participer aux élections ».

Mais, on le sait, le pouvoir du président de la République est extrêmement limité. « Les présidents précédents disaient qu’ils avaient [seulement] 15 % de pouvoir ». « On attend pas du président de la République islamique de pouvoir changer grand-chose parce que son pouvoir est extrêmement limité. Cela dit, dans un pays comme l’Iran, 10 ou 15 % c’est énorme. […] Il n’est pas tout puissant évidemment, mais il est chef de pouvoir exécutif, il peut faire beaucoup de choses. »

La population iranienne apparaît donc fatiguée face à la situation économique et sociale. Le pays est aussi tombé d’en un important état de pauvreté. « Dans cette situation, la société n’est pas contente. Vous pouvez imaginer que les gens ne veulent pas accréditer le régime en participant à ces élections ».

Finalement, pour Mahnaz Shirali, « la seule chose, le seul facteur qui pourrait changer un tant soit peu la situation des Iraniens c’est le départ de la République islamique. Ni Joe Biden, ni Emmanuel Macron, personne, aucun des dirigeants étrangers ne peut changer la situation des Iraniens ». Et, pour cela, le mieux serait « si la communauté internationale arrêtait ses relations diplomatiques avec un pays qui tue leurs propres ressortissants ».

Cécile Breton