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La diplomatie américaine reprend pied à Jérusalem

C’est Thomas Nides qui sera le nouvel ambassadeur des Etats-Unis à Jérusalem. Actif au parti Démocrate, il a servi dans l’administration Obama et était aussi un proche des Clinton. Il représente une position pro-israélienne, mais dans l’optique d’un règlement du conflit avec les Palestiniens dont les Etats-Unis doivent être un médiateur impartial. Autrement dit, la ligne démocrate suivie depuis les années 90. La nomination de Thomas Nides, qui doit encore être confirmée par le Sénat, est le premier signal que Washington a l’intention de reprendre un rôle actif aussi bien auprès d’Israël que des Palestiniens et de tourner la page Trump.

Benyamin Netanyahou a toujours été un fin connaisseur du paysage politique américain et de l’importance du bi-partisanisme dans les relations avec Israël, qui devait rester un sujet de consensus pour les Démocrates et les Républicains. Pourtant, le Premier ministre israélien avait choisi de se rapprocher du parti Républicain quand ses relations avec le président démocrate Barack Obama s’étaient dégradées, autour du dossier palestinien, mais surtout avec la conclusion de l’accord international sur le nucléaire iranien en 2015. Le Premier ministre Likoud avait continué sur sa lancée en nouant des liens forts avec Donald Trump et était parvenu à le faire pencher en faveur d’Israël. Cela avait conduit le président républicain à s’éloigner des Palestiniens, à reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël et y transférer son ambassade, et à reconnaitre la souveraineté israélienne sur le Golan. Mais surtout, le retrait américain du traité de Vienne a marqué un succès de taille pour la position israélienne vis-à-vis de l’Iran.

Ron Dermer, qui avait été durant sept ans ambassadeur d’Israël à Washington, jusqu’à la nomination au début de l’année de Gilad Erdan, avait été le principal artisan du rapprochement d’Israël avec les élus du parti Républicain et aussi des milieux chrétiens évangéliques. Ce qui avait été assez mal perçu par le parti Démocrate, en particulier chez les alliés traditionnels d’Israël, qui considéraient cette politique comme une erreur. D’autant que le parti est de plus en plus clivé sur les relations avec Israël, avec la montée en influence d’élues de l’aile gauche du parti, comme Alexandria Ocasio-Cortez ou Ilhan Omar, ouvertement opposées à Israël, qu’elles accusent régulièrement de racisme et d’apartheid.

Le nouveau gouvernement israélien doit donc de toute urgence retrouver son soutien au sein du parti Démocrate s’il veut contrer ce courant extrémiste porté par une nouvelle génération, et qui est susceptible d’affaiblir des personnalités comme le président Biden, qui conçoit encore les relations avec Israël comme un pilier de la politique extérieure de l’Amérique. Naftali Bennett l’a d’ailleurs souligné dans le discours qu’il a prononcé le 13 juin à la Knesset avant le vote de confiance à son gouvernement. « Mon gouvernement s’efforcera d’approfondir et d’enrichir les relations avec nos amis des deux partis » avait assuré Bennett.

Sachant que la Maison Blanche est déterminée à relancer le processus négocié israélo-palestinien et à finaliser l’accord avec l’Iran sur son programme nucléaire, le nouveau gouvernement israélien n’a pas d’autre choix que d’optimiser son dialogue avec l’administration Biden et de reformer son soutien bipartisan au Congrès.

Pascale Zonszain