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Dominique Moïsi sur Radio J: « Le médium était le message pour Poutine et il y avait un vrai message pour Biden »

Dominique Moïsi, géopolitologue et conseiller spécial à l’Institut Montaigne, était l’invité d’Olivier Issembert ce jeudi matin sur Radio J, à 8h50. Il est revenu sur le bilan de la tournée européenne de Joe Biden et du sommet avec Vladimir Poutine.

Après le G7, Bruxelles ou encore l’OTAN, c’est en Suisse que Joe Biden a achevé sa tournée européenne. Le président américain s’est entretenu mercredi 16 juin, à Genève, avec Vladimir Poutine. Il s’agit du premier sommet entre les deux présidents. De multiples sujets faisant l’objet de tensions ont ainsi pu être abordés. À la question de savoir qui de Vladimir Poutine ou Joe Biden a gagné, Dominique Moïsi répond : « Le seul fait que la rencontre ait eu lieu en bilatéral était au départ un succès pour Vladimir Poutine. Il pouvait dire au monde, dire en particulier aux Chinois ‘regardez, je ne suis pas seulement votre partenaire junior. Je suis une très grande puissance. Je rencontre en tête-à-tête le président des États-Unis’. Mais, sur le fond, Joe Biden a pu lui aussi faire passer un message qui s’adressait à Poutine, mais qui s’adressait aussi à Xi Jinping : ‘ne me sous-estimez pas. Je ne suis pas un vieux gâteux. Je suis plein d’énergie. Je suis capable de faire preuve de fermeté, de lucidité et vous avez intérêt à faire attention’. Il y avait cette sorte de double langage : le médium était le message pour Poutine et il y avait un vrai message pour Biden. »

Pour le géopolitologue, le « mot apaisement » ne correspond pas forcément à cette rencontre. Il s’agirait plutôt d’une « clarification ». « Vous ne pouvez pas, dit Biden à Poutine, continuer à mener une guerre cyber contre moi. Vous ne pouvez pas déclencher des campagnes de désinformation pour influencer les processus électoraux des pays démocratiques. Si vous le faites, il y aura un coût et un coût très élevé. Que les choses soient claires. »

Comme mentionné plus haut, les ambassadeurs respectifs vont retourner à Washington et à Moscou. Un signe qui pourrait sembler positif mais, pour Dominique Moïsi, « qu’il n’y ait pas d’ambassadeur à Washington ou à Moscou, c’était une situation anormale. Le fait que ces ambassadeurs reviennent, c’est une normalisation. Ce n’est pas un apaisement. Ils sont là, ce qui, quand même, rend les choses plus simples pour communiquer l’un avec l’autre ».

L’armement nucléaire et donc les négociations pour remplacer le traité du New Start est l’un des sujets qui est revenu sur la table lors de leur discussion. Un thème que le géopolitologue ne juge pas complexe car « il y a une forme d’accord entre les deux pays sur cette thématique. Les armements nucléaires c’est très important pour la Russie car, sur ce champ, elle peut apparaître comme le numéro deux mondial. Mais, ce n’est plus l’essentiel de la compétition internationale. » Les questions de cybersécurité, de désinformation ou encore de l’envoi de troupes en Afrique sont effectivement bien plus importantes aujourd’hui. « Le nucléaire ça coûtait inutilement cher. C’était devenu en partie anachronique. »

Cécile Breton