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Dernière ligne droite pour Bennett et Lapid

Chaque étape vers la formation du gouvernement israélien aura été une épreuve, et ce sera probablement le cas jusqu’à la dernière minute. Le vote de confiance a été fixé à dimanche après-midi, mais ce qui n’est d’habitude qu’une formalité, marquera le dernier round d’un combat sans merci entre le camp de Benyamin Netanyahou et celui de Naftali Bennett et Yaïr Lapid.

Pourtant, rien ne semble plus s’opposer à ce que la Knesset vote la confiance au gouvernement avec les 61 voix de majorité requises. Nir Orbach, le député du parti Yamina, qui avait longtemps hésité, a finalement annoncé mercredi qu’il se rangeait derrière son leader Naftali Bennett et qu’il voterait avec la coalition. Idit Silman, sa collègue du parti de droite qui elle aussi avait exprimé des réticences, a accepté le poste de présidente de la coalition à la Knesset. Naftali Bennett a donc eu raison des hésitants de son parti et ne devrait plus craindre d’autres défections.

A condition toutefois que la publication des accords de coalition négociés par Yaïr Lapid ne suscite pas de revirements de dernière minute. Car, jusqu’au bout, le Premier ministre Likoud aura tout tenté pour faire échouer la nouvelle coalition. Son parti a même proposé de réserver trois places sur sa liste à des élus des deux partis rivaux de droite, s’ils acceptaient de changer de camp, mais jusqu’ici sans résultat.

Benyamin Netanyahou a donc choisi de discréditer l’alliance forgée entre le centriste Lapid et le nationaliste Bennett, qu’il a qualifiée « d’arnaque du siècle », affirmant que le leader de Yamina avait détourné les voix de ses électeurs. De leur côté, les partis orthodoxes, qui sont restés aux côtés du chef du Likoud, ont accusé Naftali Bennett de chercher à détruire le judaïsme et le caractère juif de l’Etat. Les partis ashkénaze et séfarade redoutent la disparition du statu quo qui prévaut depuis l’indépendance et qui donne aux orthodoxes le contrôle des principaux aspects de la vie juive en Israël, que ce soient les tribunaux rabbiniques, la cacherout ou les conversions. Tant que l’exécutif israélien était dirigé par des laïcs, les orthodoxes n’avaient pas de concurrence. Mais avec l’arrivée au pouvoir du premier chef de gouvernement religieux nationaliste, de surcroit allié à des partis laïcistes, ils voient leur monopole menacé. D’où les propos particulièrement agressifs tenus cette semaine par des élus du Shass et de Yaadout HaTorah contre Naftali Bennett.

Cela dit, de ce que l’on a vu  jusqu’à présent des accords de coalition, les craintes des orthodoxes ne sont pas vraiment fondées. En fait, Yaïr Lapid, qui était chargé de former le gouvernement, a passé des accords séparés avec chacun des partis partenaires, Nouvel Espoir, Israël Beitenou, Bleu Blanc, les Travaillistes, Meretz et le parti islamiste Ra’am. Mais c’est l’accord qu’il a signé avec le parti Yamina de Naftali Bennett,  qui supplante tous les autres et qui sera déterminant en cas de conflit, puisqu’il donne un droit de véto aux deux Premiers ministres. Et les partenaires ont même accepté de laisser certains points en suspens, qui seront négociés une fois que le gouvernement sera en place.  C’est à ce prix que la coalition a pu être bouclée, mais c’est aussi son talon d’Achille.

Pascale Zonszain