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Lapid-Bennett, « l’alliance des frères »

Le gouvernement de rotation, dont Naftali Bennett doit prendre la direction pour les deux premières années, dès qu’il aura obtenu la confiance de la Knesset, est le résultat de l’alliance entre le leader de Yamina et de Yaïr Lapid, le patron de Yesh Atid. Deux hommes à première vue très différents, mais qui se sont déjà retrouvés dans le même camp.

Naftali Bennett est plus jeune que Yaïr Lapid de près de dix ans. Bennett a fait son service militaire dans des unités d’élite de Tsahal, tandis que Lapid a dû renoncer au service combattant après un accident. Naftali Bennett a fait sa fortune dans le high-tech, en devenant millionnaire à trente ans. Yaïr Lapid a lui aussi connu le succès très jeune, en devenant l’un des journalistes vedettes de la télévision israélienne, avec un salaire à plusieurs zéros. Chacun d’eux aurait pu poursuivre sa carrière dans l’aisance matérielle, mais tous les deux avaient d’autres ambitions. Naftali Bennett approche son idole et son modèle, Benyamin Netanyahou, dont il devient le chef de cabinet en 2007, alors que le patron du Likoud est dans l’opposition. Yaïr Lapid, lui, commence à penser à ne plus être seulement un spectateur de la politique, mais à en devenir un acteur.

Au cours de l’été 2011, c’est le grand mouvement de contestation contre le coût de la vie qui leur sert de déclencheur. Bennett est à l’époque directeur général de Yesha, le Conseil représentatif des implantations de Judée Samarie. Lapid est encore journaliste. Tous les deux vont à la rencontre des jeunes couples et des familles qui campent sur l’avenue Rothschild à Tel Aviv. Et ils découvrent une classe moyenne, qui a le sentiment d’être la majorité silencieuse à qui l’on fait porter tout le fardeau de l’économie. Bennett et Lapid comprennent qu’ils ont un rôle à jouer et un créneau électoral à exploiter. Les sympathies de Yaïr Lapid vont plutôt vers la gauche laïque, celles de Naftali Bennett vers la droite sioniste nationaliste. L’un et l’autre vont s’adapter pour se faire entendre par cette classe moyenne.

En 2013, ils participent tous les deux aux législatives. Lapid, à la tête de son parti Yesh Atid qu’il vient de créer, remporte 19 mandats et arrive en 2e position derrière le Likoud. Bennett, élu à la tête du Foyer Juif, le parti sioniste religieux,  en obtient 12. Mais Bennett est toujours sur la liste rouge de Netanyahou. C’est alors que les deux politiciens décident de faire front commun. Yaïr Lapid lui promet qu’il n’entrera pas au gouvernement sans lui et tient parole, obligeant Netanyahou à inviter Bennett à le rejoindre. « L’alliance des frères » a fonctionné. « La route est longue, mais le potentiel est là » affirmait à l’époque Naftali Bennett. Mais le patron du Likoud aura finalement raison des deux débutants en politique et finira par limoger Lapid et isoler Bennett.

Si le député laïc se retrouve deux ans plus tard dans l’opposition, son camarade religieux suit Netanyahou dans son gouvernement suivant, mais sans lui faire d’ombre. Bennett et Lapid s’éloignent alors, mais conservent de bons rapports. En 2021, ils se retrouvent donc avec la même conviction, celle que l’ère Netanyahou est arrivée à son terme. Mais leur alliance n’est plus sur le même rapport de forces. Yaïr Lapid est le pivot et Naftali Bennett, même s’il est le premier dans la rotation, est pourtant au deuxième rang. Mais ils ont plus que jamais besoin l’un de l’autre.

Pascale Zonszain