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Frédéric Régent: « L’esclavage est encore une question très sensible »

Ce jeudi matin à 7h45, dans le Morning d’Ilana Ferhadian sur Radio J, le maître de conférence en histoire moderne à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ancien Président du comité national pour la mémoire et l’esclavage, spécialiste de l’histoire de l’esclavage, Frédéric Régent, était au micro de Christophe Dard.

Un an après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, qui a entraîné de nombreuses manifestations dans tout le pays pour demander la fin des violences policières avec comme slogan « Black lives matter », Frédéric Régent explique que « le geste de Joe Biden (qui a reçu la famille Floyd à la Maison Blanche), est important et symbolique ». Il évoque ensuite les émeutes de 1967 en Guadeloupe, qui sont des affrontements qui se sont produits entre gendarmes et manifestants dans l’île, lors de grèves consécutives à une agression raciste. Il affirme : « il faudrait qu’il y ait une plus grande reconnaissance de ce massacre, dont on ne sait pas encore aujourd’hui combien il y a eu de morts. »  

Quant à la position de la France, Emmanuel Macron, qui s’était rendu à la cérémonie pour la journée nationale des mémoires de la traite de l’esclavage et de leur abolition, le 10 mai 2021 dans le jardin du palais du Luxembourg, s’était fait remarquer par son absence de prise de parole. La France aurait-elle des difficultés à regarder son histoire coloniale en face ? 

Selon Frédéric Régent, « des progrès importants ont été faits, depuis une vingtaine d’années, notamment dans l’enseignement de l’esclavage à l’école, même si l’esclavage est une question très sensible. Cela nécessite une meilleure formation des enseignants », et pour lui, il doit être enseigné comme une question d’histoire et pas seulement comme une question morale.

Au sujet du paradoxe entre le silence du chef de l’Etat lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage et prise de parole au bicentenaire de Napoléon, qui avait pourtant rétabli l’esclavage en 1802, Frédéric Régent insiste sur la différence entre le de commémorer, qui signifie se souvenir et non pas honorer ou glorifier. « Il faut prendre son discours dans sa globalité. »

Lucie Claudon