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Malik Bezouh: « Le Juif est méprisé dans les terres arabes mais pas persécuté au nom de la race »

Ce mercredi matin à 7h45 dans le Morning d’Ilana Ferhadian sur Radio J, l’essayiste et spécialiste de l’islam, Malik Bezouh, auteur de « Je vais dire à tout le monde que tu es juif », paru aux éditions Jourdan, est revenu sur l’histoire de l’antisémitisme en Europe.

Le titre intriguant de son ouvrage est tiré de sa propre expérience. Malik Bezouh raconte qu’il était invité à une soirée dans un café, par une amie tunisienne, qui voulait lui présenter des militants nationalistes arabes. « La discussion a tout de suite dérivé. Les personnes autour de la table sont parties dans des considérations extrêmement choquantes sur les Juifs. L’un d’eux a fait l’apologie d’Hitler en expliquant que si le monde allait mal, c’était à cause des Juifs ». Malik Bezouh raconte avoir donc essayé de leur faire entendre raison en argumentant avec des explications rationnelles. « Même si on est militant de la cause arabe au sens nassérien du terme, on ne peut pas argumenter avec la haine de l’autre, notamment du Juif ».

Dans son livre, Malik Bezouh introduit le terme de ‘judénodiomie’. Une composition du terme allemand Juden pour Juifs, et odium, qui veut dire haine en latin. Il lui paraissait anachronique de parler d’antisémitisme pendant l’Antiquité, le terme étant davantage lié à l’idée de race juive.

Sur l’antisémitisme chrétien et celui que l’on peut trouver dans le monde arabo-musulman, il explique que « ce sont deux bêtes radicalement différentes : fondamentalement ce qui va se passer pour les Juifs en Europe, ce sont essentiellement des pogroms ». Ils sont sous-tendus par l’idée que les Juifs sont un peuple déicide, ce qui a donné lieu aux persécutions. Dans l’antijudaïsme islamique, les Juifs sont perçus comme un peuple prophéticide. Ils n’ont pas tué Jésus mais ne l’ont pas écouté, ni Mahomet. Les pogroms qui auront lieu seront sans commune mesure avec ceux de l’antijudaïsme chrétien.  

Malik Bezouh cite dans son livre un historien juif, Michel Abitbol : « En Europe, les Juifs au Moyen-Age, ça sera : vous n’avez pas le droit de vivre avec les mêmes droits que nous, à la Renaissance, vous n’avez pas le droit de vivre parmi nous, et à l’époque moderne, c’est l’époque des pogroms, de la Shoah : vous n’avez pas le droit de vivre ».

Un autre élément fondamental qui s’est développé au XVIIIème et XIXème siècle, que l’on retrouve aussi aux XIème et XIIème siècles, c’est la notion de mépris. « Le Juif est méprisé dans les terres arabes mais pas persécuté au nom de la race. Néanmoins, les idées antisémites se propagent via les intellectuels arabes chrétiens qui sont en interaction avec l’Europe ». 

Avec la fondation d’Israël, « on a l’avènement de deux nationalismes : ce qu’appellent les historiens le nationalisme juif (sionisme) et la montée du nationalisme arabe ». Malik Bezouh conclut : « Les Musulmans et les Juifs ont tout pour s’aimer, mais aujourd’hui ce n’est pas le cas, ce qui me désole. » 

Lucie Claudon