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Le risque d’apartheid, le billet de Shmuel Trigano

Dans son billet à 7h05 ce jeudi matin, dans le Morning de Radio J, Shmuel Trigano est revenu sur les propos du ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian sur la possibilité d’un apartheid en Israël. 

La mise en garde que le ministre des Affaires étrangères français a lancée à Israël  en lequel il voit une société menacée d’apartheid marque un tournant. Le Quai d’Orsay , on le sait, dans l’ombre de la politique arabe de De Gaulle, n’a jamais été très sympathique envers Israël, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais en faisant planer sur ce dernier le doute sur la potentialité d’un régime d’apartheid, la France franchit un pas dans  l’adoption du discours  de la cause palestinienne et des tenants du BDS, c’est à dire du boycott de tout ce qui est israélien, en vue de faire d’Israël le pariah des nations. « Apartheid » a un sens précis: il cible la supposée « inhumanité » des Israéliens (pensons aux enfants mis en avant des victimes) et légitime le coup fatal que ses ennemis appellent à lui donner, très moralement. 

Toute cette machinerie idéologique, que plusieurs chercheurs ont démontée, a commencé lors de la première conférence de Durban. C’est le cœur de l’islamo-gauchisme occidental qui a fait des Palestiniens le symbole des injustices dont l’Occident est accusé. 

Mais la composition des manifestations qui ont  défilé dans les villes occidentales et les agressions antijuives dans plusieurs pays montrent bien  que c’est le djihad qui se joue auquel le Hamas a formellement appelé. Et voir le représentant de la France l’adopter est éminemment grave, entre autres pour ses retombées en France sur le plan de l’antisémitisme islamique. Mais aussi sur le plan international. Elle s’inscrit dans une politique  caduque depuis les Accords d’Abraham. Est-ce parce que la France en fut écartée par Trump  qu’elle tente une opération de « rattrapage », de surenchère auprès d’une opinion arabe qui n’est plus ce qu’elle était? 

Les manifestations anti-israéliennes se sont surtout produites dans les Etats occidentaux plus que dans les pays arabes. Elles ont touché des populations musulmanes, des émigrés palestiniens et une poignée de gauchistes: elles n’ont pas concerné l’épaisseur des sociétés. 

Parler d’apartheid ,c’est quoiqu’il en soi une falsification sur le plan des faits, qui témoigne d’une méconnaissance abyssale de la réalité de la situation en Israel. Mettre en balance avec l’apartheid  le mantra de la solution à deux Etats, c’est se tromper d’époque: ce qui est en jeu ce n’est pas le nationalisme, c’est la guerre sainte. La supposée solution à deux Etats exposerait l’Etat d’Israel à une fragilité indéfendable entouré de populations hostiles, à une situation qui ferait de lui un Etat coupé en deux par un passage entre la Samarie et Gaza  qu’on ne pourra pas ne pas aménager mais qui mettrait ses centres vitaux à portée des canons palestiniens: Ramalla est à 15 km de Jérusalem, 30 de l’aéroport international, Gaza à 70 km de Jérusalem, 70% des Jordaniens sont palestiniens, si l’on ajoute à cela l’irrédentisme des  musulmans israéliens, pourtant des citoyens,  on voit très bien le scénario qui se tramerait… Hélàs! la France ne sera pas là pour sauver Israël qu’elle aura engagé avec les puissances occidentales dans une impasse fatale.

Le discours guerrier du chef du Hamas, pourtant vaincu, hier même, montre très bien ce que sera « la solution à deux Etats » et la profondeur du ressentiment palestinien. L’apartheid n’est pas du côté d’Israël mais des islamistes, des Frères musulmans dont Gaza est le seul territoire indépendant au monde, comme une annexe du groupe Etat Islamique. Le destin des Arabes chrétiens du monde musulman aujourd’hui, en voie de disparition est un vivant témoignage de l’état des choses.

Et la France macronienne du  « en même temps » a-t-elle pensé que l’accusation d’apartheid pèse aussi sur elle dans le monde musulman?  Les manifestations à son encontre dans un pays lointain comme le Pakistan en témoignent. Les centaines de zones échappant au pouvoir lui sont reprochées pour être des ghettos, des bantoustans. La laïcité est accusée d’être une couverture de l’intolérance religieuse envers l’islam. Les crimes contre l’humanité des temps coloniaux demandent repentance…  Et qu’en est-il de son intervention en Afrique saharienne, des éliminations ciblées, des bombardements? Imagine-t-on un ministre quelconque d’une puissance étrangère mettre en garde la France contre ces faits? Ces mensonges, c’est le discours le plus courant des milieux que le ministre veut séduire.