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Violences à Jérusalem : pourquoi cette crise est différente

D’abord, on l’a vu depuis le début du mois de Ramadan, c’est le Hamas qui cherche à s’imposer comme le moteur et l’acteur de référence. L’organisation islamiste palestinienne veut téléguider, depuis Gaza, la mobilisation des Arabes israéliens et des Palestiniens en les galvanisant sur le Mont du Temple autour de la mosquée Al Aqsa. Le Hamas espère entrainer Israël dans une confrontation indirecte, dont Jérusalem serait le cœur, sachant que cela peut sans difficulté déborder sur les territoires de Judée Samarie et éventuellement à l’intérieur d’Israël. L’attentat de vendredi contre une base de garde-frontière au nord de la Samarie, avait été perpétré par un commando supposé indépendant, mais certainement influencé par le Hamas, et surtout ses auteurs projetaient initialement de lancer leur attaque dans une ville du centre d’Israël.

Et il y a aussi la configuration politique israélienne. Depuis le 5 mai, ce n’est plus Benyamin Netanyahou, mais Yaïr Lapid qui détient le mandat de former le prochain gouvernement. Alors que les événements se multiplient sur le terrain, le chef du parti centriste doit d’abord se concentrer sur la construction de sa coalition et il ne pourra pas intervenir dans la prise de décision sur l’escalade de la violence, tant que son gouvernement n’aura pas obtenu la confiance de la Knesset. Et en attendant, Yaïr Lapid doit aussi composer avec le parti islamiste Ra’am, dont le soutien lui sera indispensable pour réunir une majorité parlementaire. Or, le chef du parti islamiste se retrouve dans une position difficile. D’un côté, Mansour Abbas ne veut pas perdre ses gains politiques de ces dernières semaines. Il tient à présenter à ses électeurs des engagements du futur gouvernement de faire avancer les intérêts de la population arabe. Mais il doit aussi allégeance au Mouvement Islamique, dont son parti est l’émanation. Mansour Abbas a d’ailleurs affirmé qu’Al Aqsa était sa « ligne rouge ». Alors, jusqu’où pourra-t-il tenir sa promesse de coopérer avec le prochain gouvernement israélien, si les tensions continuent à Jérusalem ? Et comment Yaïr Lapid pourra-t-il trouver une majorité sans les quatre voix du parti Ra’am ?

Et pour ajouter encore à la confusion politique, il faut aussi évoquer le rôle de la droite ultranationaliste. Les députés de Sionisme Religieux peuvent eux aussi représenter un élément perturbateur. Proches de Benyamin Netanyahou, ils participent au climat de dénigrement de l’alliance Yaïr Lapid-Naftali Bennett et pourraient influer sur d’autres députés du parti de Bennett, pas vraiment convaincus par une union avec la gauche. Et ce faisant, influer sur la conduite des négociations avec la possibilité qu’elles finissent par capoter. Et voilà pourquoi ce nouvel épisode de tension à Jérusalem n’est pas tout à fait comme les autres et qu’il est difficile d’en prédire le dénouement.

Pascale Zonszain