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« Napoléon a dit tout et son contraire », la chronique de Michel Zerbib

Dans le Morning d’Ilana Ferhadian ce vendredi matin à 7h12 au micro de Radio J, quelques jours après la commémoration de Napoléon Bonaparte, Michel Zerbib nous partage une analyse de cet homme d’État, dont le bilan politique a fortement été marqué par son ambivalence.

Mercredi 5 mai 2021, la France commémorait le bicentenaire de la mort de Napoléon Bonaparte. Décédé, le 5 mai 1821, il meurt en exil à Sainte-Hélène, à l’âge de 51 ans. Cet anniversaire a fortement ravivé les controverses autour de la figure politique de l’empereur Bonaparte. En plus d’avoir rétabli l’esclave par un arrêté du 16 juillet 1802, des questions se posent quant à sa relation avec le peuple juif. A-t-il véritablement amélioré la vie des Juifs en France, ou est-il antisémite ? Quelques faits d’armes peuvent être présentés.

En 1797, alors qu’il est général, Napoléon se lance dans une campagne qui a permis de libérer la population juive d’Italie. Lorsqu’il s’empare de la ville d’Ancône,il les libère du ghetto, supprime le bonnet jaune, et le brassard ou étaient inscrit l’étoile de David. Un accessoire contraint d’être porté par les Juifs pour qu’ils soient reconnus par la population non-juive. À la fin de cette campagne, il leur accordera également la liberté de culte et de circulation.

Ce qui portera également à confusion, c’est que deux ans plus tard, en 1799, lors de la campagne d’Egypte, Napoléon Bonaparte appelle les Juifs d’Asie et d’Europe à se ranger sous ses drapeaux pour rétablir l’ancienne Jérusalem. « Serait-il alors un précurseur du sioniste ? » Si l’idée paraît alléchante, la réponse est non. Il ne s’agit que d’un procédé politique, afin de recruter de soldats sans réel projet d’État juif. Pourtant, Napoléon poursuit l’intégration du peuple juif dans la société française.

En 1807, après un an de débat avec l’Assemblée des notables, afin de comprendre la religion juive, et dans quelle mesure ces dernières s’assimilent, ou s’éloignent des codes sociaux présents en cette période. L’empereur et l’assemblée ont tranché. Il est voté à l’unanimité que les citoyens juifs doivent se soumettre au code civil français, « ils doivent défendre la France jusqu’à la mort » selon l’empereur, garantissant ainsi leur légitimité aux yeux de tous.

Une démarche qui suscitera l’admiration de certains rabbins, qui ont vu l’empereur comme un libérateur. Mais tout cela n’est qu’une partie de la relation de Napoléon Bonaparte avec les citoyens juifs. Car dans un second temps, l’empereur imposera aux Juifs plusieurs décrets discriminants, notamment en freinant l’entrée de Juifs étrangers dans le royaume. Beaucoup de biographes de l’empereur ont estimé qu’en fait, il méprisait, et il instrumentalisait les Juifs. « Ainsi, la création du consistoire avait pour principal objet le contrôle et l’assimilation des citoyens juifs ».

Alors Napoléon est-il un antisémite ? Le terme est sans doute trop fort pour Michel Zerbib. Pourtant, dans une correspondance à son frère Joseph, Napoléon Bonaparte parle des Juifs comme les plus misérables des personnes. Les caractérisant de corbeau et de sauterelle qui ravagent la France. Pour l’ex-empereur alors en exil forcé à l’île de Sainte-Hélène en 1817, « les Juifs sont un peuple méchant, lâche, et cruel« .

Même s’il est tentant de déboulonner sa statue, on peut qualifier ce dernier est un personnage complexe ni antisémite, ni pro sémite. Il agissait dans l’intérêt de la nation » Ce qui explique ses nombreuses contradictions. Les historiens estiment que son bilan est positif, et « qu’il a poursuivi l’œuvre de la révolution française, qui avait libéré les Juifs en les faisant rentrer dans la communauté nationale. Sa statue restera donc en place« .

Lissa Dasylva