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Kahina Bahloul: « J’invite les jeunes générations à mieux connaître les traditions religieuses »

Elle était l’invitée d’Ilana Ferhadian dans le Morning de Radio J ce mercredi 5 mai à 7h45. Kahina Bahloul, universitaire, première femme imame de France, présentait son livre « Mon Islam, ma liberté », publié aux éditions Albin Michel.

Mais qui est Kahina Bahloul ? Comme elle le raconte dans un long chapitre sur ses origines, c’est d’abord une femme issue de la mixité culturelle, aux racines vraiment diverses. Son père est un algérien kabyle, sa mère est française, sa grand mère maternelle était juive polonaise, et son grand père maternel, un catholique français.  « Des richesses religieuses » pour Kahina Bahloul, qui en est fière et qui les revendique, comme elle le racontait ce mercredi matin sur Radio J : « Lorsque je prie, je pense à toute ma famille, qu’importent leurs confessions ».

Kahina Bahloul est également revenue sur sa vie en Algérie. Elle qui y a grandi dans les années 90, restera très marquée par la période d’instabilité civile dans le pays, appelée « la décennie noire ». Difficile période durant laquelle elle perdra d’ailleurs son père, très attaché à ses racines, qui lui apprendra les valeurs du soufisme, qui prône une vision plutôt libérale de l’islam. Ce n’est pas un hasard si elle s’appelle Kahina, puisque c’est bien son père qui lui donna le prénom de la célèbre reine berbère, « indépendante et courageuse » pour Kahina Bahloul. En effet, la reine Kahina, à la tête de bataillons d’hommes, était une guerrière acharnée, connue pour sa détermination à combattre les envahisseurs arabes. Morte au combat dans les Aurès, en 703, elle reste pour Kahina Bahloul « une figure féminine incontournable », qui rappelle que « Gisèle Halimi lui a d’ailleurs consacré un livre ‘La Kahina’. »

Kahina Bahloul ajoute : « cette femme m’a donné le courage de m’engager, et c’est un modèle féminin extraordinaire pour moi ».

Le souvenir de la guerre civile en Algérie ravivera de douloureux traumatismes lors des attentats terroristes de 2015 en France. Un vrai déclic pour elle, qui ne se reconnaît pas « dans cet islam extrémiste ». Cette tragédie « n’a fait que réveiller en moi un traumatisme déjà vécu, et connu lors de la décennie noire d’Algérie ». L’engagement de l’auteur, passe aussi par l’éveil des consciences: « J’invite les jeunes générations à mieux connaître leurs traditions religieuses. La tradition spirituelle de l’islam qui est le soufisme. »

Pour Kahina Bahloul, l’enjeu est important, « Il faut qu’ils comprennent que les idéologies politiques, et notamment l’islam politique instrumentalisent, et utilisent la religion de l’Islam pour prendre le pouvoir politique ».

« Je prône un islam spirituel, qui nous accompagne au quotidien, qui nous aide à faire un travail sur nous-même, à avancer vers le meilleur de nous-même, en tant qu’être humain, et aussi à mieux appréhender ce qui nous entoure »…

C’est en cela qu’une lecture réformiste qui s’intéresse au sens intellectuel, spirituel, et philosophique de l’islam est importante selon l’universitaire. Cela éviterait « la prise de raccourcis », et l’ignorance de ce qu’est la tradition prophétique de l’islam. Notamment, concernant l’imamat de la femme : « je l’écris dans mon livre, on trouve dans la tradition prophétique le modèle d’une femme qui a été désignée par le prophète lui-même pour être imam. Donc il n’y a aucun problème à utiliser cette tradition pour qu’une femme puisse être imam. Ce n’est pas parce qu’une chose n’est plus pratiquée aujourd’hui, qu’elle est interdite ».

Sur le long terme le projet de Kahina Bahloul, est d’aussi créer un Islam de France. Un islam financé par des flux financiers français, à l’inverse de certaines mosquées en France.

Lissa Dasylva