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10 ans après, retour sur la traque et la mort d’Oussama Ben Laden

Il y a 10 ans, le chef d’Al Qaïda Oussama Ben Laden est tué par un commando des forces spéciales américaines au Pakistan, à Abbottabad,  au terme d’un raid minutieusement préparé, le 2 mai 2011. Un moment que Joe Biden n’oubliera jamais, selon ses mots. Malgré cette élimination, Al Qaïda, créé par Ben Laden à la fin des années 80, et dont la propagande repose en grande partie sur la haine et la destruction d’Israël, n’a pas disparu pour autant. De nombreuses ramifications se situent en Afrique, et pire encore : le groupe terroriste a inspiré d’autres mouvements djihadistes qui sèment l’horreur dans le monde entier, notamment l’Etat Islamique. 

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Preuve de la permanence de cette menace terroriste, ce n’est que qu’après le 11 septembre prochain, que les troupes américaines auront définitivement quitté l’Afghanistan, après 20 ans de conflit. Le retrait des 2 500 soldats encore déployés dans le pays a débuté samedi. 

Le commando 

C’est à 1h30 du matin, qu’un commando des forces spéciales américaines a donné l’assaut sur un complexe fortifié. C’est là que vit l’ennemi mondial numéro un. Après plusieurs mois de surveillance, personne ne sait si Ben Laden est à l’intérieur de la résidence, a raconté Barack Obama dans le premier tome de ses Mémoires, Une terre promise, sorti en novembre dernier. Cela a d’ailleurs valu une mise en garde du vice président, Joe Biden, qui préférait attendre la confirmation par la CIA que Ben Laden se trouvait bien dans le complexe. 

Lors de l’opération, des coups de feu sont échangés. Ben Laden riposte, selon les Américains. Il est tué d’au moins une balle dans la tête. Au moins quatre autres personnes, des membres de sa famille, auraient été également abattus lors de l’affrontement. Barack Obama, depuis la salle de crise, au sous-sol de la Maison Blanche, assiste à l’opération en temps réel avec Joe Biden et Hillary Clinton notamment et souffle, « on l’a eu » lorsque l’assaut est terminé. 

Crédit: Maison Blanche

Son corps a été récupéré par les forces spéciales américaines qui l’auraient ramené en Afghanistan, avant de jeter son cadavre en haute mer. Barack Obama, dans une allocution depuis Washington, déclare que « justice est faite ». A l’annonce de son élimination, des manifestations de joie sont organisées aux Etats-Unis. C’est un soulagement car Ben Laden était l’homme le plus recherché des Etats-Unis depuis de nombreuses années.

Diffusion de son idéologie anti-Israël

Né dans une riche famille d’origine yéménite en Arabie Saoudite en 1957, très proche de la famille royale saoudienne, Oussama Ben Laden commence à faire parler de lui dans les années 80. Il est chargé par le chef des services secrets de l’Arabie Saoudite, le prince Turki Ben Fayçal Al Saoud, qu’il connaît bien, d’organiser le départ des combattants, les moudjahidine, pour l’Afghanistan alors en guerre contre l’URSS. Pour l’Arabie Saoudite, c’est la possibilité de diffuser le wahhabisme, un courant de l’Islam sunnite très rigoriste, avec le soutien à l’époque des Etats-Unis qui voient là une occasion de se débarrasser de leurs rivaux soviétiques.

Ben Laden met en place une véritable organisation et assure la formation militaire et idéologique des combattants. 

Dans sa propagande, Ben Laden fait souvent référence à sa haine d’Israël. Ben Laden déclare: « Les événements qui m’ont affecté de manière directe ont commencé en 1982, lorsque l’Amérique a permis aux Israéliens d’envahir le Liban et que la sixième division aérienne américaine les a aidés ». Cette haine d’Israël va servir de base idéologique au réseau terroriste Al Qaïda qu’il crée en 1988.

Après avoir quitté l’Arabie Saoudite au début des années 1990, il s’installe au Soudan et finance des combattants et des camps d’entraînement islamistes. 

Des soupçons grandissants 

On commence à le soupçonner d’être l’auteur des attentats de 1993 au World Trade Center à New York, qui a causé la mort de 6 personnes. Il est aussi soupçonné d’être lié à ceux de 1995 en France, commis par le Groupe Islamique armé. Mais à l’époque, Ben Laden a encore plutôt une bonne image dans l’Occident. Après avoir annoncé début 1998 qu’il fallait attaquer les intérêts américains partout dans le monde, il est placé par les Etats-Unis sur la liste des criminels, les plus recherchés. Les attentats suicide, commis aux Ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie le 7 août 1998 feront en tout 224 morts et plus de 400 blessés. 

Oussama Ben Laden est surtout le principal responsable des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, au Word Trade Center et au Pentagone, qui ont fait 3000 victimes.  

Ben Laden traqué

Les Etats-Unis portent à 25 millions de dollars leur offre pour toute information conduisant directement à la capture de Ben Laden qui vit alors dans les montagnes d’Afghanistan, non loin de la frontière pakistanaise. Des enregistrements audio et vidéo sont régulièrement publiés mais certains pensent que Ben Laden est mort de maladie ou aurait été tué dans des bombardements américains. En attendant, Al Qaida continue de frapper, en 2003, 33 civils perdent la vie dans des attentats à Casablanca. En mars 2004, l’organisation djihadiste revendique les attentats de Madrid, 191 morts en tout, l’acte terroriste le plus meurtrier en Europe depuis 1988. L’année suivante, en 2005, quatre explosions touchent les transports publics de Londres et font 56 morts et 784 blessés. 

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Malgré une intense traque, la promesse d’une grosse somme d’argent en échange de renseignements et des frappes américaines sur des zones où il pourrait se cacher, Ben Laden est introuvable.  

Des enregistrements audio sont régulièrement publiés. Le 24 janvier 2010, dans l’un de ces messages, il menace les États-Unis de nouvelles attaques si ces derniers continuent à soutenir Israël. Des rapports américains soulignent toutefois que dès 2001, les frappes ont manqué de peu Ben Laden. C’est grâce aux arrestations et aux interrogatoires de proches de Ben Laden qu’il est enfin localisé par la CIA à partir d’août 2010 à Abbottabad au Pakistan et il faudra 9 mois pour aboutir à cette opération des forces américaines spéciales. 

La survie d’Al Qaida

Quelques jours après la mort de son chef, le mouvement revendique l’attentat du 13 mai 2011, à Shabqadar au Nord-Ouest du Pakistan, qui tue 98 personnes et en blesse 140. Al-Qaida au Maghreb Islamique, une de ses ramifications, revendique plusieurs attentats en Afrique. L’immense territoire du Sahel, spécialement au Mali, la Somalie, le Yémen et l’Indonésie restent des pays sous la menace des groupes affiliées à Al Qaïda. 

Alors qu’elle était déjà affaiblie avant la mort de Ben Laden, l’organisation terroriste est dépassée par d’autres groupes terroristes plus menaçants, comme l’Etat Islamique. Malheureusement elle n’a pas un leader aussi charismatique et influent, dont on ignore d’ailleurs s’il est toujours en vie ou pas. 

Ayman Zawahiri, qui dans ses messages, voit en particulier une haine contre la France, serait mort d’une crise cardiaque l’an dernier. Néanmoins une vidéo publiée, dans laquelle il évoque le sort des musulmans rohingyas en Asie du Sud-Est, sème le doute quant à sa véritable mort. Un certain Saif Al Adel, ancien haut gradé de l’armée égyptienne, qui a formé les pilotes qui ont détourné les avions le 11 septembre 2001, et qui vivrait en Iran, est suivi de très près par les Etats-Unis. 

Retrait des troupes américaines 

Les 10 ans de la mort de Ben Laden interviennent au moment où les troupes américaines se retirent définitivement d’Afghanistan. 

Depuis samedi, les Etats-Unis ont débuté ce retrait définitif des 2 500 soldats américains encore déployés dans le pays, et qui s’accompagnera d’un désengagement des alliés de l’Otan. Le total est estimé à 9 600 militaires, et doit se terminer, selon Joe Biden, avant le 11 septembre prochain, après 20 ans de présence dans le pays. « L’heure est venue de mettre fin à la plus longue guerre de l’Amérique” a déclaré le Président américain le mois dernier, un désengagement qui a en fait commencé sous les présidences Obama et Trump. 

Donald Trump a en effet conclu l’année dernière à Doha au Qatar un accord historique avec les talibans pour un retrait total des troupes américaines au 1er mai, en échange de leur engagement à lutter contre le terrorisme. Joe Biden, qui a hérité de cet engagement, a simplement repoussé l’échéance de cinq mois.

Lucie Claudon