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L’expérimentation du cannabis thérapeutique, la chronique de Serge Rafal

Il y a quelques mois, le docteur Serge Rafal parlait du décret autorisant l’expérimentation du cannabis thérapeutique. Mardi 4 mai à 6h40, dans sa chronique « C’est bon pour la santé » (diffusée tous les matins à 6h40) sur Radio J, il revenait sur les indications, les enjeux et les risques éventuels de cette étude. 

Sous l’égide de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), l’expérience thérapeutique du cannabis vient de démarrer, et, de nombreuses questions se posent sur son déroulement, ses indications, la ou les molécules utilisées. Dans un premier temps, les cinq pathologies retenues pour avoir recours au cannabis comme médicament sont les douleurs réfractaires aux traitements médicamenteux, les épilepsies sévères pharmaco-résistantes, les douleurs rebelles en oncologie, la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques et les soins palliatifs. Ainsi, sont écartés les troubles de l’humeur (anxiété, dépression), les addictions et l’usage « festif » de la drogue. L’expérimentation va s’étendre sur deux ans, et inclure dans deux cents structures de référence, 3 000 patients qui vont être suivis mensuellement, chacun pendant au moins six mois. 

Actuellement considéré comme un stupéfiant dont la détention et l’usage sont interdits, un décret du Code de la santé publique a permis, en 2013, d’introduire sur le marché, le cannabis et ces dérivés. C’est notamment le cas de deux spécialités, Marinol et Sativex, encore très peu utilisés pour le moment. Le cannabis à usage thérapeutique est utilisé dans la plupart des pays européens et est à l’origine de la création d’un comité scientifique spécialisé temporaire, qui travaille depuis 2018 sur la pertinence et la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France. Ainsi, il a donné son accord en décembre 2018 pour l’expérimentation de cinq situations cliniques citées plus tôt. 

L’expérimentation se fait avec des médicaments à base de fleurs séchées et d’extraits de cannabis. On y retrouve ainsi des effets actifs, tétrahydrocannabinol (THC) et cannabidiol (CBD), deux cannabinoïdes de la plante avec des ratios différents selon les indications et le patient. 

Il faut tout de même rester vigilant sur l’utilisation de ces principes. Seul, le CBD peut entraîner des nausées, des vertiges ou un état sédatif mais, il n’est pas addictif contrairement au THC. Pour le moment, l’étude reste concentrée sur des pathologies précises, et pourrait, dans le futur, élargir son utilité en remplaçant les médicaments antidouleur.

Véritable sujet public, la légalisation du cannabis, aussi bien festive que thérapeutique, fait l’objet de plusieurs méfiances. Les produits sont de plus en plus concentrés en THC, un danger, particulièrement pour les plus jeunes, dont la maturation cérébrale n’est pas terminée et laisse la porte ouverte à des cas de schizophrénie. L’expérimentation thérapeutique du cannabis va se poursuivre encore sur deux ans. Il faudra être patient pour que les premiers résultats soient communiqués. Le bilan devrait normalement être positif, comme pour les autres pays qui ont déjà expérimenté la question, selon le docteur Serge Rafal. 

Marie Simandoux