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Emmanuel Hirsch sur Radio J: « Un hommage national pour les victimes, c’est une question de décence »

Mardi 4 mai à 7h45 sur Radio J, Laurence Kahn recevait Emmanuel Hirsch. Professeur d’éthique médicale, directeur de réflexion éthique de la région Île-de-France, il est revenu sur la sortie de la crise sanitaire et ce qu’elle implique. 

Depuis lundi 3 mai, le déconfinement s’amorce en France. Reprise de l’école pour les collégiens, droit de circuler sur le territoire français, et pourtant, la crise n’est pas terminée. La situation « est encore très incertaine« , ce qui « implique que la notion de déconfinement doit être vue avec beaucoup de prudence et de précautions« , pense Emmanuel Hirsch. L’incertitude est au cœur du contexte actuel, « il ne faudrait pas donner à penser ou à croire que l’on maîtrise quoi que ce soit ». Il faut rester prudent et « maintenir la vigilance » par rapport à la réalité de la pandémie. En effet « rien n’indique la fin de la crise », notamment avec la recrudescence des variants. Emmanuel Hirsch disait ce mardi matin sur Radio J qu’il « n’était pas certain que nous soyons dans une phase de déconfinement »

La question que le professeur se pose, c’est « comment la vie sociale va reprendre ces droits ». L’objectif n’est pas de reprendre « la vie comme hier », le but est de tirer un enseignement de la Covid, « sinon la France ira droit dans une crise sociale ».

En effet, depuis plus d’un an le contexte est difficile pour les Français, et si la bienveillance était de front pour le premier confinement, peu à peu, la méfiance s’est installée à l’égard du pouvoir politique et des scientifiques. S’il y a eu « des mécanismes solitaires au niveau de l’exécutif, dans les conseils de sécurité », la société a été exclue des concertations et des prises de décisions. Le professeur d’éthique médicale « réhabilite » cependant les scientifiques « qui ont vécu en direct les incertitudes, qui ont accueilli les personnes malades à l’hôpital, qui les ont soignés, et qui ont développé le vaccin »

Malgré les efforts du personnel soignant, de nombreux Français sont décédés des suites de la Covid et l’idée d’une journée de deuil national est encore en réflexion. Une nécessité pour Emmanuel Hirsch, qui considère que « l’hommage des victimes ne doit pas se faire d’une manière abstraite » mais doit être « un hommage national » pour les plus de 100 000 victimes de la Covid, « c’est une question de décence« . 

« Dans les choix actuels du gouvernement, le maintien d’une vie sociale est une façon de justifier l’acceptation de nombreuses personnes en réanimation et la mort d’environ 300 personnes chaque jour« . Ainsi, la France s’est « habituée » à ce système et chacun devrait « s’interroger sur ce à quoi il s’habitue et, sur ce à quoi il peut renoncer« . Aujourd’hui, ce qui est « dramatique, c’est qu’il n’y a qu’une seule personne qui décide de tout« .

Marie Simandoux