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Ce que dira l’enquête sur la tragédie de Meron

Dans les heures qui ont suivi le drame qui a fait 45 morts et 150 blessés, c’est le rôle de la police qui a d’abord été pointé du doigt. Pourquoi avait-elle autorisé plus de cérémonies que prévu sur le site du Mt Meron ? Pourquoi a-t-elle mal contrôlé le flux des visiteurs dans un espace aussi restreint ? Et rapidement, on s’est rendu compte que les choses n’étaient pas aussi simples.

Pour tenter de comprendre, il faut repartir loin en arrière. Le Mont Meron qui abrite le Tombeau de Rabbi Shimon Bar Yohaï, est depuis des siècles un des principaux lieux de pèlerinage juif. Du temps de l’empire ottoman, il était administré par une organisation cultuelle séfarade. Puis, des communautés ashkénazes se sont installées et ont partagé le lieu, comme mentionné au cadastre, sous le Mandat britannique. Et 73 ans après la création de l’Etat d’Israël, le site de Har Meron, bien que faisant partie intégrante de la culture israélienne et qu’il soit visité chaque année par plus d’un million de personnes, ce site n’a jamais été nationalisé. Dès les années 50, le gouvernement avait tenté une première procédure de nationalisation, restée sans effet.

Durant les décennies suivantes, Har Meron est devenu de plus en plus populaire et sa fréquentation n’a cessé d’augmenter. Mais les organisations religieuses qui l’administraient, refusaient de coopérer avec les pouvoirs publics. Des constructions ont été rajoutées, des bâtiments provisoires sont devenus définitifs, sans aucun contrôle. Les installations, comme la rampe où a eu lieu le drame de vendredi, ont fait l’objet de validations a posteriori, contre toutes les règles en vigueur. Que ce soient les commissions de plans et d’urbanisme chargées de délivrer les permis de construire, les institutions chargées de délivrer des permis d’exploitation, ou encore le Registre des Associations chargé de recevoir les déclarations comptables des associations qui collectent des donations sur le site, aucune n’a reçu les demandes ou les rapports d’activité, qui auraient permis de contrôler leur fonctionnement.

Pour une seule raison : le site a continué à jouir d’une sorte d’autonomie, due au fait que son statut juridique n’a toujours pas été tranché. Ce qui a créé une situation paradoxale, où l’organisation d’événements publics dépendait de l’Etat, alors que le site restait un lieu associatif privé, hors de sa supervision. Impossible par exemple, d’imposer le percement d’issues supplémentaires, ou le sens de circulation des visiteurs, ou encore la démolition de structures ou d’équipements dangereux.

La police, les services de secours, les pompiers dépendent de l’Etat, mais ne peuvent intervenir directement dans le fonctionnement du site. Et faute d’interlocuteur, c’est finalement la police qui devient la seule instance décisionnaire. Déjà en 2008, un rapport du Contrôleur de l’Etat pointait une situation de totale paralysie et mettait en garde contre des manquements sécuritaires graves, susceptibles de mettre des vies en danger. Durant les 13 années qui ont suivi, toutes les tentatives de régulariser la situation se sont heurtées à l’opposition des communautés qui contrôlent le site et aux partis orthodoxes qui les représentent au parlement et au gouvernement. Et au niveau local autant que national, les autorités ont fait machine arrière. Une impéritie qui a fait 45 victimes. Ce sera aussi probablement la conclusion de la commission d’enquête, si le gouvernement israélien décide d’en nommer une.

Pascale Zonszain