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Le jeu du Hamas à Jérusalem

A Jérusalem, face aux policiers, les manifestants arabes criaient des slogans de soutien au Hamas. L’organisation islamiste palestinienne de son côté a multiplié les messages d’encouragement depuis Gaza, promettant de « garder le doigt sur la gâchette », pour s’assurer que les musulmans puissent continuer à prier au Mt du Temple. « Les émeutes doivent durer jusqu’à la fin du Ramadan et même après » affirmait de son côté Khaled Meshaal, l’un des dirigeants du Hamas en exil. Et l’organisation islamiste a même recommandé la mise en place d’un poste de commandement pour encadrer les manifestations à Jérusalem et en Judée Samarie. Bref, le Hamas est monté en première ligne. Et à l’incitation à la violence dans la capitale israélienne, il a ajouté le tir de plusieurs dizaines de roquettes contre l’ouest du Néguev depuis la fin de la semaine.

Si le Hamas a rompu le calme qu’il maintenait depuis l’été dernier sur le front sud, c’est qu’il y trouve un intérêt. D’abord sur le plan sanitaire, l’organisation qui contrôle la Bande de Gaza avait relativement bien limité la propagation de l’épidémie de Covid durant les premiers mois, en partie grâce au bouclage du territoire côtier et en mettant aussitôt en isolement tout voyageur positif qui entrait par la frontière égyptienne. Mais la situation s’est dégradée depuis, avec plusieurs centaines de décès et plusieurs milliers de malades.

Sur le plan économique, le taux de chômage dépasse les 50%. L’aide financière du Qatar n’a pas suffi à compenser l’arrêt du financement américain de l’UNRWA, l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens. Les pourparlers indirects avec Israël, qui devaient déboucher sur une trêve à long terme en échange de concessions économiques pour la Bande de Gaza ont rapidement dérapé, en partie à cause du refus du Hamas de fournir la moindre information sur le sort des deux civils israéliens et des dépouilles des deux soldats de Tsahal, qu’il détient depuis près de sept ans.

La dégradation de la situation dans le territoire côtier a donc conduit la direction du Hamas à chercher un dérivatif, comme elle le fait toujours dans un tel cas. D’autant que le leader de l’organisation Yahya Sinwar n’avait obtenu que de justesse sa réélection l’automne dernier, parce qu’il avait été porté au pouvoir en 2017 sur la promesse de lever le bouclage israélien. L’intervention dans les tensions à Jérusalem était donc une occasion à ne pas manquer. D’autant plus que le Hamas, qui a conclu avec le Fatah de Mahmoud Abbas un accord de réconciliation pour permettre l’organisation d’élections générales – les premières en 15 ans – escompte bien reprendre pied en Cisjordanie, dont l’Autorité Palestinienne l’a exclue depuis la scission de 2007 et la prise de Gaza par le mouvement islamiste.  

En réactivant ses tirs de roquettes contre les localités de l’ouest du Néguev, le Hamas accroit la portée de sa menace sur Israël en y incluant ses opérations d’incitation à la violence à Jérusalem. Et même si Mahmoud Abbas devait finalement décider le report des élections au parlement palestinien, comme cela semble se confirmer, le Hamas aura quand même eu le temps d’avancer ses pions et d’affaiblir le Fatah en Judée Samarie et aussi probablement à Jérusalem. Si l’escalade peut être évitée, le Hamas aura marqué des points dans cette nouvelle crise.

Pascale Zonszain