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Violences arabes à Jaffa et à Jérusalem, symptôme ou coïncidence ?

A Jaffa, le rabbin Eliahou Mali dirige la yéchiva de préparation militaire installée depuis treize ans dans le quartier d’Ajami. C’est en pleine rue qu’il a été violemment agressé dimanche après-midi par deux habitants arabes du quartier. L’incident a été filmé et ses auteurs rapidement interpellés. Déférés lundi devant le tribunal, les agresseurs se sont défendus d’avoir agi pour des motifs nationalistes et ont affirmé qu’il ne s’agissait que d’un conflit de voisinage. Mais de l’aveu de certains habitants juifs de Jaffa, cela fait déjà un certain temps que la situation se dégrade et que le sentiment d’insécurité augmente.

La cité portuaire, rattachée depuis 1949 à la municipalité de Tel Aviv est pourtant réputée pour la coexistence de ses habitants, arabes et juifs, qui vivent en bonne intelligence. Mais Jaffa a aussi connu des périodes moins fastes, notamment avant l’indépendance, ou encore au début de la 2e intifada à l’automne 2000, épisode le plus récent d’émeutes arabes contre les résidents juifs. Des incidents violents peuvent survenir dans le contexte de tension dans les territoires palestiniens, mais ils sont généralement dirigés contre la police et non contre les habitants. Dimanche, l’agression du rav Mali a été suivie d’une manifestation de résidents juifs de Jaffa qui protestaient contre l’insécurité, tandis que plus tard dans la soirée, des heurts ont opposé des résidents arabes aux forces de l’ordre. Cette fois, il semble que la population arabe soit surtout motivée par la gentrification de Jaffa. De plus en plus de projets immobiliers poussent hors de la cité une population arabe plus modeste qui n’a pas les moyens nécessaires pour y acquérir des logements. Mais certains responsables arabes locaux pointent aussi du doigt un peuplement plus politique de Jaffa par la mouvance sioniste religieuse. Autant d’ingrédients qui contribuent à une dégradation progressive des relations entre Juifs et Arabes.

A Jérusalem aussi, on a enregistré ces derniers jours une recrudescence d’incidents. La semaine dernière, une vidéo postée sur TikTok montre un jeune Arabe s’amusant à gifler un adolescent juif orthodoxe dans le tramway. Il y a quelques jours, un bus entré par erreur dans un quartier arabe a été incendié. Un autre a été caillassé et une de ses passagères légèrement blessée lundi, à A-Tur. Et presque tous les soirs, des affrontements opposent de jeunes Arabes de Jérusalem aux policiers à l’entrée de la vieille ville. Le prétexte est la fermeture par la police des escaliers qui conduisent à la Porte de Damas et qui servent traditionnellement de point de rassemblement des fidèles après la prière et après le Iftar, le repas qui marque chaque soir la fin du jeûne pendant le mois du Ramadan. Ce sont surtout des jeunes venus de quartiers périphériques qui jettent des pierres ou tirent des mortiers de feux d’artifice contre les forces de l’ordre. La police de la capitale est accoutumée à ces poussées de fièvre qui accompagnent le Ramadan et le commandant pour Jérusalem a indiqué que le niveau de violence avait commencé à décroitre. Mais dans le contexte politique actuel, les incidents de Jaffa et de Jérusalem n’aident pas à apaiser les esprits.

Pascale Zonszain