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Olivier Costa: « L’Union Européenne n’est pas une fédération et a des difficultés »

Directeur de recherche CNRS au centre de recherche politique de Sciences Po, Olivier Costa était l’invité de Christophe Dard, sur Radio J, ce lundi 12 avril. Le politologue est revenu sur l’affaire du Sofa-gate la semaine dernière, ainsi que sur la politique à plusieurs têtes de l’Union Européenne. Mal accueillie par le Président de la Turquie Erdogan, Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission Européenne, s’est retrouvée sans siège lors de la rencontre avec Erdogan et Charles Michel, Président du Conseil Européen. « C’est très difficile de savoir quelles étaient les intentions derrière la façon d’organiser la rencontre« , confie Olivier Costa à Radio J. Cet épisode traduit les tensions entre la Turquie et l’Union Européenne. Ursula von der Leyen avait vivement réagi lorsqu’Erdogan avait décidé de se retirer de la convention d’Istanbul, texte sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes. 

En homme politique imposant, « Erdogan n’avait pas envie de se laisser faire la leçon par la Présidente de la Commission Européenne« . Ainsi, les tensions se manifestent aussi avec Charles Michel, qui a approuvé le protocole de réception. Un « incident qui montre les limites de l’Union Européenne. » 

L’incident n’est pas « grave » mais « met en exergue le fait que la représentation extérieure de l’Union Européenne soit délibérément organisée avec une certaine confusion « . Entre la Présidente de la commission Européenne qui s’occupe de tout ce qui concerne les politiques intérieures (agriculture, commerce, environnement), le Président du Conseil Européen qui s’occupe de la politique étrangère, la sécurité et la diplomatie, et enfin le haut représentant de l’Union Européenne qui conduit cette politique, il y a un véritable triumvirat « qui passe son temps à se marcher sur les pieds ». 

Ce qui s’est passé en Turquie illustre bien cette polyarchie pour les relations extérieures de l’Union Européenne dont le président Erdogan à « très bien réussi à se servir », tout en laissant paraître une guerre entre Charles Michel et Ursula von der Leyen. 

Ces tensions risquent d’être renforcées entre la France et la Turquie, puisque à partir du 1er janvier 2022,  c’est Emmanuel Macron qui enquêtera sur la présidence tournante du conseil de l’Union Européenne a France. « La France a toujours eu une vision de l’UE qui laissait beaucoup d’importance à l’idée d’une action extérieure de l’Union Européenne ». Il a d’ailleurs toujours eu un programme très ambitieux  mais a rencontré peu de soutien de la part de ses camarades. 

Au sujet de la panne électrique dans une centrale nucléaire à Natanz, en Iran, le rôle de l’UE dans les discussions pour réintégrer les Etats-Unis dans l’accord du nucléaire s’avère difficile.  Selon Olivier Costa: « Ca fait des années que l’UE essaie d’être un point de modération entre l’Iran d’un côté qui est toujours dans la provocation et d’un autre côté les Etats-Unis, notamment à l’époque de M. Trump, qui était dans la recherche de l’affrontement. » Joe  Biden est prêt à revenir dans l’accord de dénucléarisation de l’Iran, mais les iraniens veulent que les américains retirent leurs sanctions. Or ils ne sont que prêts à le faire si les  iraniens reviennent dans les limites de ce qui a été prévu par l’accord. A nouveau l’Union Européenne se retrouve dans une position délicate.

Enfin la campagne de vaccination est également un exemple de cette politique de l’Union Européenne à plusieurs têtes. « Il y a une difficulté pour la commission à un moment donné de faire taire tout le monde et de dire: voilà comment on fait ».

L’Union Européenne a eu une volonté d’avoir une stratégie d’achats pour ses 27 membres afin d’éviter une concurrence entre les pays. Elle s’est montrée « lente et prudente dans la négociation puisqu’elle a attendu d’avoir la certification des vaccins pour les acheter« , ce qui explique les retards dans les livraisons.

Lucie Claudon