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François Heilbronn: Le rôle du mémorial « c’est un rôle de formateur, de pédagogue, d’historien mais surtout pas de moraliste »

Ce jeudi matin sur Radio J, Laurence Kahn recevait François Heilbronn, vice-président du mémorial de la Shoah. Pour cette journée dédiée à Yom HaShoah, notre invité est revenu sur l’histoire de mémorial, sur les convois mentionnés cette année, et sur le message à passer aux plus jeunes. 

Comme chaque année, à l’occasion du Yom HaShoah, le mémorial organise la traditionnelle lecture des noms, mais aussi des projections et des rencontres en ligne. Depuis hier soir, 19h jusqu’à ce soir, même heure, vont être lu les noms des déportés du convoi numéro six, au convoi numéro trente-sept, soit 31 789 victimes. Une « spécificité française », « »le seul pays au monde où depuis 1991, a été instituée la lecture ininterrompue pendant 24 heures des Juifs déportés de France« . À l’origine, les créateurs de la cérémonie pensaient avoir assez de temps pour lire les 76 millions de noms. « Quand ils se sont mis à lire, ils se sont rendu compte qu’ils arrivaient difficilement à dépasser 30 000. » Depuis cela, chaque année, le mémorial lit entre 31 000 et 32 000 noms répartis en nombre de convois.  

Pour cette année, compliquée en raison de l’épidémie, la cérémonie a dû s’adapter et prévoir une dizaine de personnes pour la lecture d’un seul convoi. Après avoir beaucoup réfléchi par rapport aux conditions sanitaires, le mémorial a tenu à rester « en présentiel« . Les lecteurs, eux, sont presque uniquement « des fils et filles, des petits enfants, des arrières petits enfants« , des déportés du convoi six au convoi trente-sept. Aucune personnalité n’est là cette année pour faire de la cérémonie, une cérémonie républicaine. L’émotion, très présente tous les ans, l’est d’autant plus cette année, confiait François Heilbronn à Radio J. La cause, « le convoi six, le premier convoi qui contient des enfants« . Sur les 31 789 personnes déportées au sein des trente et un convois mentionnés cette année, « il y a eu 6 538 enfants » en seulement deux mois et demi. « C’est absolument monstrueux« , affirme le vice-président du mémorial. 

Un crime, un génocide, dont la mémoire doit être gardée en la transmettant aux plus jeunes. Selon François Heilbronn, « l’important, c’est de lire ». Les jeunes doivent lire des textes pour « essayer de comprendre trois choses différentes. Quelle était la logique des bourreaux, comprendre ce qu’on vécut les victimes (à travers les témoignages), et s’inspirer des héros, des résistants, car face à la barbarie, chacun d’entre nous à la liberté de choix« . Mais il faut faire attention aux termes choisis pour définir la transmission. « Il y a une expression que l’on déteste au mémorial, c’est le devoir de mémoire« . Le but de la cérémonie de Yom HaShoah et du mémorial, c’est « d’enseigner l’histoire, transmettre, raconter et peut-être essayer de comprendre » mais « ce n’est surtout pas un rôle de moraliste« .