(Crédit: Amos Ben Gershom/GPO)

Reuven Rivlin, le patriarche qui fâche

Pour certains c’est la figure du patriarche, pour d’autres c’est le moraliste et l’empêcheur de tourner en rond. Reuven Rivlin, qui achève son septennat dans trois mois, ne laisse personne indifférent. Elu en juillet 2014, en pleine guerre de Gaza, l’ancien député Likoud succédait à Shimon Peres. Difficile de passer derrière celui qui avait été ministre, chef de gouvernement et surtout l’une des personnalités israéliennes les plus connues dans le monde. Pourtant, Reuven Rivlin a su rapidement imposer son style. Figure du Herout et membre du Beitar dans sa jeunesse, fils du traducteur du Coran en hébreu – il parle d’ailleurs couramment l’arabe – et huitième génération de Juifs installés à Jérusalem, Reuven Ruby Rivlin est un politicien à l’ancienne, qui prise le style direct, tout en restant très attaché aux institutions démocratiques. Il se veut aussi le témoin engagé de l’évolution de son pays, qu’il voit se reformer en tribus, comme il l’a expliqué dans un de ses discours en 2015.

Ses prises de position lors de son second mandat à la tête de la Knesset entre 2009 et 2013, lui ont valu quelques frictions avec Benyamin Netanyahou, notamment quand Rivlin a bloqué certaines initiatives de la coalition, qu’il estimait incompatibles avec le bon fonctionnement du parlement. C’est de cette époque que date l’animosité entre les deux hommes, et qui n’a jamais vraiment disparu. En 2012, Reuven Rivlin prononce notamment un discours, où il s’inquiète de certaines dérives de la démocratie israélienne. Des piques qui visent sans le nommer le chef du gouvernement. En 2014, Benyamin Netanyahou ne donne d’ailleurs qu’à reculons son soutien à l’élection de Rivlin à la présidence de l’Etat.

Rivlin est resté la bête noire de Benyamin Netanyahou. En octobre 2018, le Premier ministre le soupçonne de s’être mis d’accord avec Gideon Saar, qui était à l’époque candidat aux primaires du Likoud, pour le désigner en priorité pour former le gouvernement aux élections qui devaient avoir lieu quelques mois plus tard. Il est vrai que Rivlin et Netanyahou appartiennent à deux générations et à deux approches différentes de la droite israélienne. Les deux hommes ont pourtant appris à s’entendre ou du moins à se supporter, sans pour autant que Reuven Rivlin renonce à exprimer ses opinions, quitte à sortir de son rôle neutre de chef d’Etat.

Hier, le président Rivlin a mis les pieds dans le plat à deux reprises. D’abord lorsqu’il a confié à Benyamin Netanyahou la mission de former le gouvernement. Il a cité le débat public sur la légitimité d’un Premier ministre inculpé à recevoir ce mandat, tout en reconnaissant que puisque la loi l’y autorisait, il devait s’y conformer. Quelques heures plus tard, c’est à la tribune de la Knesset en séance inaugurale, que le chef de l’Etat a interpellé les députés : « si nous ne sommes pas capables de trouver un modèle de partenariat qui nous permette de vivre ensemble dans un respect mutuel et un engagement réel les uns pour les autres, alors notre résilience nationale sera vraiment en péril » a déclaré le président, des sanglots dans la voix. Entre Reuven Rivlin et Benyamin Netanyahou, la rupture est consommée. Mais on ne pourra pas reprocher au président israélien de ne pas prendre au sérieux son rôle de patriarche.

Pascale Zonszain