(Crédit: cpture d'écran BBC)

Coup d’État en Jordanie: les conséquences sur les relations avec Israël

La Jordanie a fait face à une crise ouverte au sein de la dynastie régnante, à la tête de la monarchie depuis un siècle. Le prince Hamza, demi-frère du roi Abdallah, a été accusé d’être à l’origine d’une tentative de coup d’état contre le souverain, en lien avec une puissance étrangère. Il a été placé en résidence surveillée. Une dizaine de hauts responsables du régime jordanien ont par ailleurs été arrêtés.

Si depuis lundi soir, le prince Hamza et le roi Abdallah II sont officiellement réconciliés, l’enquête sur la tentative de coup d’état pourrait avoir des répercussions pour Israël.

Retour sur ces 48 heures de tensions à la tête du royaume jordanien. 

Tout a commencé samedi. Le vice-Premier ministre affirme alors que le prince Hamza al Ben Hussein, 41 ans, dernier fils du roi Hussein et demi-frère cadet du roi Abdallah II de Jordanie, au pouvoir depuis 1999, a tenté de déstabiliser le royaume et de porter atteinte à la sécurité du pays. Une dizaine de personnes ont été arrêtées. Hamza al Ben Hussein et les autres suspects sont accusés d’avoir collaboré avec une puissance étrangère. Le vice-premier ministre ajoute que les services de sécurité ont suivi durant une longue période les activités et les mouvements du prince Hamza ben Hussein, qui n’a pas été arrêté, et qui a affirmé avoir été assigné à résidence dans son palais d’Amman, sans liaisons téléphoniques et sans Internet.

Parmi la dizaine de personnes arrêtées dans son entourage, il n’y n’a que 2 noms : Bassem Awadallah, ancien directeur du bureau royal, et Cherif Hassan ben Zaid, qui fut un temps émissaire spécial du roi jordanien en Arabie saoudite.

Les réactions de la famille royale

Assez vite, les réactions ont été nombreuses au sein de la famille royale, à commencer par le prince Hamza lui-même. Il a nié dès samedi les allégations à son encontre et a accusé en retour le pouvoir de “corruption” et d' »incompétence ». Dans une conversation enregistrée et diffusée dimanche soir sur Twitter, Hamza affirmait à un interlocuteur non-identifié : « C’est sûr que je n’obéirai pas aux ordres du chef d’état-major quand il me dit que je ne suis pas autorisé à sortir, à tweeter, à communiquer avec les gens et que je suis seulement autorisé à voir ma famille ». Autre réaction, celle de la mère du prince Hamza, La reine Noor, quatrième et dernière épouse de l’ancien roi Hussein décédé en 1999. Sur Twitter, elle a dénoncé dimanche une “calomnie” à l’encontre de son fils et affirmé « prier pour que la vérité et la justice l’emportent pour toutes les victimes innocentes ».

Mais Abdallah II de Jordanie et le prince Hamza ont scellé leur réconciliation lundi soir après une médiation confiée à l’oncle du roi, le prince Hassan ben Talal qui a été prince héritier de Jordanie de 1965 à 1999.

Hamza a signé une déclaration dans laquelle il réitère son allégeance au souverain. « Je resterai fidèle à l’héritage de mes ancêtres, à Sa Majesté le roi ainsi qu’à son prince héritier, et je me mettrai à leur disposition pour les aider et les soutenir ». Mais l’enquête sur la tentative de coup d’état se poursuit. Une enquête très verrouillée. Il est d’ailleurs interdit de publier tout ce qui concerne l’enquête pour le moment sous peine de poursuite judiciaire.

Un coup d’État qui concerne le politique intérieure de la Jordanie

Cette affaire intervient alors que cette année 2021 marque les 100 ans de la prise du pouvoir des hachémites en Jordanie. En 1921 est créé l’Émirat hachémite de Transjordanie et confié à Abdallah bin al Hussein. En 1946, l’émirat acquiert l’indépendance totale et devient le « royaume hachémite de Transjordanie ». Abdallah Bin al Hussein devient roi jusqu’à son assassinat à Jérusalem en 1951, probablement sur ordre du grand mufti de la ville sainte. Après quelques mois du règne de Talal Ben Andullah qui abdiquera au bout d’un an, Hussein prend le pouvoir et il l’occupera 46 ans, de 1952 à 1999. Jusqu’en 1994 et la signature d’un traité de paix historique, la Jordanie est en guerre avec Israël.

Cette tentative de coup d’état présumée concerne la politique intérieure de la Jordanie. C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé le ministre israélien de la défense Benny Gantz dimanche soir. Mais ces événements concernent quand même l’État Juif de très près, d’abord parce que Israël et la Jordanie ont des liens étroits depuis que le 26 octobre 1994, les deux pays ont signé un « traité de paix » dans la vallée de la Arava, du côté israélien de la frontière. Les deux pays ont depuis une forte coopération sécuritaire, dans le renseignement et également commerciale. De fait, Benny Gantz a déclaré qu’Israël était prêt à aider la Jordanie si nécessaire. En réponse, Amman a informé Israël que « la situation est sous contrôle » et qu’il n’y a désormais plus aucun danger pour la stabilité du royaume.

Les répercussions sur Israël

Cette affaire de coup d’état touche d’autant plus Israël que dimanche soir, L’agence jordanienne Ammon News a rapporté que les forces de sécurité avaient découvert un lien entre un Israélien vivant en Europe et l’épouse du prince Hamza. 

Selon le rapport, l’homme, qui est un ami du prince, aurait proposé de faire voyager l’épouse du prince hors du pays à bord d’un avion privé, avant la tentative de coup d’État présumée. Non identifié, il a déclaré à un journaliste israélien : « Pendant le week-end, le prince Hamza m’a raconté ce qui s’est passé et j’ai proposé qu’il envoie sa femme et ses enfants à l’abri chez moi » et a ajouté : « Je n’ai aucune connaissance des événements qui ont eu lieu en Jordanie ni même des personnes impliquées. La proposition que j’ai faite au prince Hamza a été faite sur la base de notre amitié ».

Affaire à suivre qui pourrait bien tendre des relations qui ont connu un sérieux coup de froid le mois dernier. La Jordanie avait en effet empêché Benyamin Netanyahou de prendre l’avion depuis Amman, ce qui avait entraîné le report de la première visite du premier ministre israélien aux Émirats arabes unis. Cette décision de la Jordanie a fait suite à l’annulation d’une visite du prince Hussein, héritier du trône de Jordanie, à la mosquée Al Aqsa de Jérusalem en raison « d’un désaccord sur les dispositifs de sécurité sur place », selon le cabinet du premier ministre israélien. La Jordanie a indiqué que c’était le prince Hussein lui-même qui avait décidé d’annuler sa venue, à cause, selon le chef de la diplomatie jordanienne, de nouvelles dispositions et d’un changement de programme décidées par Israël.

En fait, cela fait plusieurs mois et même des années que les relations israélo-jordaniennes sont beaucoup moins bonnes. 

En 2017, l’ambassade d’Israël à Amman a été fermée suite à une attaque au couteau contre un garde israélien qui avait abattu deux jordaniens en état de légitime défense. Elle n’a rouvert que six mois plus tard et la Jordanie n’a pas apprécié que le garde israélien ne soit pas jugé. Par ailleurs, la décision des États-Unis de déplacer leur ambassade à Jérusalem et les choix de Benyamin Netanyahou concernant les implantations ont entraîné une prise de distance d’Amman ces derniers mois.

L’évolution de la situation en Jordanie et les conséquences que cela pourrait avoir en Israël et sur les relations entre les deux pays sont à suivre.

Christophe Dard