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Sionisme Religieux, un obstacle sur le chemin de la coalition

La liste Sionisme Religieux, conduite par Betsalel Smutrich, a remporté six sièges au dernier scrutin, ce qui en fait une pièce essentielle dans le jeu de Benyamin Netanyahou. C’est le patron du Likoud qui tenait à ce que l’ancien partenaire de Naftali Bennett prenne la tête d’une liste nationaliste religieuse, qui rattrape des suffrages qui, portés sur des partis isolés, les empêche la plupart du temps de passer la barre minimum des 4 mandats pour entrer à la Knesset, et dont il avait besoin pour compenser les votes perdus au profit de ses deux rivaux de droite.

Smutrich, qui dirige le parti Union Nationale, a donc fait alliance avec deux autres partis : Puissance Juive de l’avocat Itamar Ben Gvir et Noam, un parti nationaliste qui refuse la reconnaissance des couples et des familles LGBT. En s’unissant pour les élections du 23 mars, ces trois partis ont donc obtenu six mandats, ce qui leur donne aussi un poids certain dans le bloc de droite. Si le soutien de Sionisme Religieux à Benyamin Netanyahou a été exprimé d’entrée de jeu, l’actuelle impossibilité pour le Premier ministre sortant de réunir une majorité de 61 députés autour de lui sans le soutien du parti islamiste Raam, pourrait rebattre les cartes.

Le positionnement idéologique de Sionisme Religieux reprend les principaux éléments de la droite nationaliste religieuse. Soutien à l’annexion de la Judée Samarie et refus de toute concession territoriale aux Palestiniens, renforcement du caractère juif de l’Etat d’Israël, rejet de l’activisme judiciaire de la Cour Suprême et réforme du système pour permettre au parlement de déroger aux décisions judiciaires qui invalident ou retoquent des lois votées par les députés. Et enfin, refus de toute réforme qui modifierait le droit de la famille, en introduisant le mariage civil ou toute autre mesure qui étendrait l’autorité parentale aux couples homosexuels.

Quant aux députés qui vont siéger dès la semaine prochaine dans la nouvelle Knesset, on trouve donc sur la liste de Betsalel Smutrich, l’activiste Itamar Ben Gvir et en sixième place Avi Maoz, le représentant du parti Noam. Ben Gvir s’était fait connaitre dans les années 90 par son militantisme contre les accords d’Oslo, dans la suite des disciples de Meir Kahana. Lors des précédentes élections, Naftali Bennett avait refusé de l’inclure sur sa liste au motif qu’il n’avait rien à faire avec quelqu’un qui affiche dans son salon le portrait de Baruch Goldstein, qui avait tué 28 Palestiniens dans le Caveau des Patriarches en 1994.

Et c’est surtout la personnalité de Ben Gvir qui continue de poser problème, y compris dans les pourparlers actuels pour la formation de la coalition. Hier, le rav Haïm Druckman, considéré comme l’un des rabbins les plus influents du courant sioniste religieux, a appelé à l’union des partis de droite qui comprendrait aussi ceux de Naftali Bennett et de Gideon Saar, même si le prix à payer était  l’exclusion d’Itamar Ben Gvir. Preuve, s’il en était besoin, que le sionisme religieux est loin d’être un mouvement homogène. Et que la dislocation de la liste de Betsalel Smutrich pourrait faire sauter un premier verrou sur la voie de la formation d’une coalition.

Pascale Zonszain