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Le Qatar: entre soutien à la bande de Gaza, relation proche avec l’Iran et ambiguïté face au terrorisme

C’est un pays dont on parle beaucoup dans l’actualité ces jours-ci, le Qatar. La monarchie du Golfe est, en effet, active sur plusieurs dossiers…

Il s’engage d’une part à fournir 14 000 unités de vaccins Pfizer dans la bande de Gaza mais reste également à la manœuvre dans le dossier très sensible du nucléaire iranien, la Qatar, entreprend des relations apaisées avec des pays arabes après trois ans de ruptures diplomatiques.

Doha, capitale du Qatar, fait également l’objet de nombreuses critiques dans le monde entier depuis plusieurs mois. En cause, les conditions des travailleurs migrants sur les chantiers de la Coupe du monde de foot que le Qatar organisera l’année prochaine. En guise de protestation, de nombreux pays appellent au boycott de l’événement. 

Christophe Dard et Ilana Ferhadian étaient sur Radio J jeudi matin pour décrypter l’information à ce sujet. Le Qatar est tout d’abord, au cœur d’une initiative qui va permettre à des milliers de commerçants de la bande de Gaza d’être vaccinés et d’entrer en Judée-Samarie sans passer par Israël. Dans le cadre de cette initiative, le pays doit financer l’achat de 14 000 doses du vaccin Pfizer-BioNTech qui seront utilisées pour vacciner 7 000 commerçants. Depuis le début de la pandémie l’an dernier, ils devaient se rendre régulièrement de Gaza vers la Judée-Samarie en traversant Israël.

Un soutien du Qatar à la bande de Gaza

Et ce n’est pas la première fois que le Qatar soutient la bande de Gaza. Dans d’autres domaines, notamment sur la fourniture de gaz naturel à l’enclave palestinienne, le Qatar, l’ONU et l’Union européenne sont parvenus à la signature d’un accord, avec le consentement d’Israël. Il permet d’installer un système d’approvisionnement en gaz depuis l’Etat hébreu vers l’unique centrale électrique de la bande de Gaza. Il s’agit-là de deux accords car un autre texte stipule que la société israélienne Delek s’engage à fournir du gaz à l’autorité palestinienne. Cela faisait des années que des discussions étaient en cours. La monarchie du Golfe a promis récemment une aide de 60 millions de dollars (près de 50 millions d’euros) pour aider à fournir du gaz naturel à Gaza. Un communiqué réalisé par un envoyé de Doha au sein des Territoires palestiniens, détaille que le montant sera alloué à l’extension des gazoducs depuis Israël.

Il faut rappeler également que le Qatar donne chaque année une importante enveloppe financière à la bande de Gaza. Il a déclaré officiellement au début de l’année que cette aide annuelle s’élèvera à 360 millions de dollars soit 296 millions d’euros. L’an dernier, le montant était de 240 millions de dollars. Depuis 2018, la monarchie distribue des millions en espèces aux dirigeants du Hamas à Gaza pour payer le carburant de la centrale électrique, les fonctionnaires et venir en aide à des dizaines de milliers de familles dans le besoin.

Qu’en est-il des relations entre le Qatar et Israël? 

Israël a établi des relations commerciales avec le Qatar en 1996 et y a installé un bureau, fermé par Doha en 2000. Plusieurs anciens chefs de gouvernement et ministres des Affaires étrangères israéliens ont rencontrés des dirigeants qataris et se sont rendus dans le pays. Mais pas question pour l’instant du côté de Doha de signer un accord de normalisation comme cela a été le cas récemment avec les Emirats Arabes Unis (EAU) et Bahrein. Cela ne se fera qu’en échange d’une solution à deux Etats.

Pourtant, Benyamin Netanyahou, une semaine avant les élections du 23 mars, a affirmé que quatre pays arabes, sans les citer, allaient normaliser leurs relations avec Israël. Or, la veille, l’ancien conseiller à la Maison-Blanche, Jared Kushner, gendre de Donald Trump, a indiqué dans une tribune au Wall Street Journal que l’Arabie Saoudite, Oman, la Mauritanie et le Qatar étaient prêts à conclure des accords avec l’Etat hébreu. Bien sûr, c’était avant la victoire de Joe Biden. 

En revanche le Qatar a repris ses relations diplomatiques au début de l’année avec l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte après trois ans de conflit. Depuis 2017, ces quatre pays avaient suspendu leurs liens diplomatiques avec Doha car ils reprochaient au Qatar de financer le terrorisme. 

En janvier, l’Arabie saoudite, les EAU, Bahreïn et l’Egypte se sont réconciliés avec le Qatar lors d’un sommet du conseil de coopération du Golfe en Arabie Saoudite. Plusieurs faits ont démontrés cette politique de détente. L’Arabie Saoudite a rouvert au Qatar son espace aérien et ses frontières. Début février, les autorités égyptiennes ont libérés un journaliste de la chaîne de télévision Al-Jazeera, après quatre ans de détention. Dans la foulée, des délégations égyptienne et qatarie puis émiratie et qatarie se sont rencontrées au Koweït pour la première fois depuis trois ans. 

Mais le Qatar reste toujours très proche de l’Iran 

Doha s’est proposé d’être médiatrice entre Téhéran et les Etats-Unis sur le dossier du nucléaire. Le Qatar et l’Iran se partagent l’un des plus grands gisements offshore de gaz au monde mais Doha entretient aussi de bonnes relations avec Washington et souhaite un rétablissement de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. Le pays a des alliés et des soutiens.

Mais le Qatar est, depuis plusieurs années, dans le viseur de la communauté internationale, pour des accusations de financement de terrorisme comme évoqué plus haut. Cependant, en juin dernier, Amnesty International rapportait que des ouvriers n’avaient pas été payés depuis des mois. Il y a quelques semaines, le quotidien britannique The Guardian a affirmé dans ses colonnes que plus de 6 500 ouvriers migrants originaires d’Inde, du Pakistan, du Népal, du Bangladesh et du Sri Lanka sont morts au Qatar depuis que le pays a obtenu le droit, il y a 10 ans, d’accueillir la compétition. 

Certaines sélections ont montré leur soutien aux droits humains au Qatar

Lors des matchs internationaux ces jours ci, les sélections norvégiennes, allemandes, belges et hollandaises ont ouvertement arboré des messages engagés. Lors d’un match contre l’Islande par exemple, chaque joueur de la sélection allemande a par exemple arboré une lettre sur un tee shirt et tous les joueurs associés formaient la phrase « human rights ». La Norvège appelle même au boycott de la coupe du monde 2022. Pour le moment, l’équipe de France n’a pas suivi le mouvement.

C’est un coup dur pour le Qatar qui a fait de la diplomatie sportive une vitrine pour redorer son image Depuis plusieurs années, Doha multiplie en effet les initiatives au niveau international dans le domaine du sport, en particulier dans le foot. Depuis 2011, le fond souverain du Qatar détient le Paris Saint-Germain. La compagnie aérienne Qatar Airways est également le sponsor officiel de grands clubs, l’AS Roma, le Bayern Munich, Boca Juniors (en Argentine) et la Fifa. L’attribution controversée de la coupe du monde 2022 ne permet donc pas à Doha de se donner une image plus lisse. Le Qatar a également massivement investi dans l’art pour là aussi, grâce à ses moyens financiers importants, s’attirer les bonnes grâces des pays occidentaux. 

De plus, le Qatar étant régulièrement cité parmi les pays dans lesquels les homosexuels sont les plus réprimés et les femmes discriminés, cette semaine, la célèbre ONG Human Rights Watch a accusé le pays de restreindre la liberté des femmes avec des mesures de “tutelle”. 

En effet. Les femmes, selon leur âge, doivent obtenir l’autorisation d’un homme pour voyager, étudier à l’étranger, avoir accès à la contraception et se marier. Les tuteurs sont généralement des pères, frères, oncles ou cousins. Les femmes ne peuvent agir en tant que tutrices de leurs enfants, même si elles sont veuves. Lorsqu’une femme est mariée, la tutelle est transférée de son père à son mari. L’ONG Human Rights watch souligne malgré tous des progrès, mais les femmes font toujours face à des discriminations profondes. Un pays qui compte de nombreux alliés et pèse sur la scène internationale mais également une monarchie qui ne garantit pas les libertés fondamentales et pratique un double jeu ambigu, notamment en matière de terrorisme. 

Christophe Dard