(Crédit: GPO)

Le paradoxe israélien

Quel paradoxe ! Alors que la majorité des partis qui entrent dans la nouvelle Knesset sont idéologiquement du même camp, celui de la droite, l’élection du 23 mars semble incapable de produire une coalition. Pour la quatrième fois depuis avril 2019, l’enjeu du scrutin s’est cristallisé autour de la personne de Benyamin Netanyahou. La représentation de tous les partis s’est globalement affaiblie. Le Likoud a perdu six sièges, qui se sont reportés sur les autres partis de droite. Au centre, les suffrages se sont répartis entre Yesh Atid de Yaïr Lapid, avec 17 sièges, et Bleu Blanc de Benny Gantz, qui a fait une remontée surprenante et qui finit la course avec huit mandats. Même si l’on est très loin du score de 2020 – 33 sièges – le parti de Gantz se retrouve en quatrième place. Les partis orthodoxes Shas et Yaadout HaTorah conservent leur force intacte. Quant aux deux partis de gauche, ils se sont légèrement renforcés. Enfin, les partis arabes, après la scission de Raam, ont perdu un tiers de leurs sièges.

C’est donc une configuration totalement bloquée qui émerge de ce quatrième scrutin, et où un accord de coalition ne serait possible qu’au moyen d’un grand écart idéologique, auquel personne ne semble encore se résoudre. Benyamin Netanyahou, qui comptait sur la liste Sionisme Religieux pour consolider son bloc face aux autres partis de droite et face aux partis de centre-gauche, se retrouve dans une situation impossible. Pour border sa majorité parlementaire, il a besoin du soutien du parti islamiste de Mansour Abbas. Mais tous ses partenaires ne réagissent pas de la même façon à cette option. Si les partis orthodoxes, qui fonctionnent plus sur une vision sectorielle de la politique, n’excluent pas a priori une alliance avec le Raam, ce n’est pas le cas de la liste Sionisme Religieux, dont la ligne ultranationaliste rend cette formule totalement impossible. Ce qui est d’ailleurs vrai dans l’autre sens, puisque le parti islamiste, proche du Hamas, ne veut pas non plus entendre parler d’une coalition avec le parti de Smutrich et Ben Gvir. Ce qui veut dire que Benyamin Netanyahou ne pourra pas trouver de coalition en restant sur ce format et qu’il n’y parviendra qu’en changeant de partenaire.

Et pour le camp anti-Netanyahou, la situation n’est pas meilleure. D’abord, parce qu’il est trop hétéroclite. Du parti de Gideon Saar à droite, jusqu’au Meretz à gauche, le seul dénominateur commun est la volonté de voir Netanyahou quitter la tête du gouvernement. Il lui est aussi difficile de s’accorder sur un leader qui prendrait en main la formation de la coalition. Et la situation est devenue tellement compliquée, que l’on commence même à envisager Benny Gantz comme recours possible. A ce stade d’ailleurs, le camp du changement envisage surtout de se concentrer sur l’action parlementaire, plus que sur la formation du gouvernement. L’idée est de profiter de l’avantage numérique à la Knesset pour élire le nouveau président du parlement, désigner les chefs de commission et aussi voter une loi qui empêcherait un Premier ministre sous le coup d’une inculpation de rester en fonctions.

Mais ces deux dimensions parallèles ne font que confirmer la paralysie politique, où Israël s’est enferré une fois de plus. Et avec elle, le risque croissant d’une cinquième élection.

Pascale Zonszain