Elections du 23 mars: La grande angoisse des sondeurs israéliens

C’est demain que paraîtront les dernières enquêtes d’opinion avant les législatives israéliennes. Et tous les instituts reconnaissent que leurs résultats sont brouillés par deux inconnues : les indécis et les abstentionnistes.

En Israël, les sondages sont autorisés jusqu’à cinq jours avant les élections. Mais même dans ce délai, il parait désormais clair que la marge d’incertitude et donc d’erreur, sera plus importante que prévu. Ce n’est pas la première fois que les instituts sont confrontés au problème, mais pour ce quatrième scrutin en deux ans, les données se compliquent.
D’abord, il y a le Covid. Si Israël est en bonne voie pour sortir de la crise sanitaire, grâce au succès de sa campagne vaccinale, il est impossible de prédire son influence sur le scrutin. D’un côté, la possibilité d’aller aux urnes dans des conditions presque normales pourra être une occasion pour les Israéliens de profiter de ce retour à la vie d’avant, de la même manière qu’ils s’étaient rués la semaine dernière à la réouverture des cafés et des restaurants. Mais ils pourraient justement avoir le comportement inverse et préférer profiter de la journée chômée de mardi prochain, pour s’offrir une pause.
Et c’est là qu’entre en jeu le facteur lassitude. Les trois précédents scrutins ont tous conduit à une crise parlementaire et à de nouvelles élections anticipées, faute d’avoir pu former une coalition durable. Et rien ne dit que le résultat sera différent cette fois-ci. Le sondage diffusé mardi soir par la chaine 12 de la télévision israélienne était d’ailleurs édifiant. Interrogés en fonction de leurs intentions de vote, ce sont les électeurs des partis orthodoxes et des partis arabes qui se sont déclarés les plus surs d’aller voter le 23 mars, entre 75 et 80%. Les électeurs du Likoud se sont dit certains d’aller voter à 70%. Le pourcentage tombe ensuite à 58% pour les électeurs du Sionisme Religieux et du Meretz et sous la barre des 50% pour tous les autres. C’est d’ailleurs le parti de Gideon Saar qui arrive en dernière position, puisque seuls 36% de ceux qui pensent voter pour lui, sont certains d’aller mettre leur bulletin dans l’urne mardi prochain.
L’autre facteur qui risque de fausser la donne, c’est le nombre d’indécis. A moins d’une semaine des élections, ils sont généralement autour de 6%. Cette fois, ils dépassent les 10%. Ce qui veut dire qu’il y a environ l’équivalent de 12 mandats sans destination claire, auxquels il faut encore ajouter les 16 sièges qui correspondent aux quatre partis qui sont juste à la limite du seuil de représentativité. Soit un total de 26 sièges non identifiés sur les 120 que compte le parlement israélien. Un scénario cauchemardesque pour les instituts de sondage, mais aussi pour les analystes politiques et d’ailleurs pour les électeurs.
Dans ces conditions, il faut prendre les données déjà publiées avec la plus grande prudence et fonctionner à l’expérience et au doigt mouillé. On sait par exemple que le Likoud obtient toujours plus de voix le jour du scrutin que ce dont il est crédité dans les sondages. Le taux de participation le jour J devrait aussi fournir une piste, sachant qu’un fort abstentionnisme bénéficie aux petits partis, tandis qu’un taux de participation élevé renforce les grands partis. Pour le reste, on demandera l’indulgence du jury si les résultats au soir du 23 mars devaient contredire les photos des sondages de ces derniers jours.

Pascale Zonszain