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Le casse-tête des conversions en Israël

Si l’arrêt rendu lundi par la Cour Suprême israélienne a commencé à faire de tels remous, c’est qu’il a des répercussions à plusieurs niveaux. Les juges ont reconnu la validité de conversions effectuées par des rabbins des courants libéraux et réformés en Israël, permettant à ces convertis d’obtenir la citoyenneté israélienne. Cela concerne des étrangers ayant le statut de résident en Israël, souvent des conjoints non-juifs de citoyens israéliens, qui veulent obtenir leur naturalisation. La décision de la Cour Suprême va donc leur permettre de bénéficier de la Loi du Retour et d’être considérés comme immigrants et d’accéder ainsi au statut de citoyen. Il s’agit chaque année de quelques dizaines de cas.

Ce n’est donc pas leur nombre qui inquiète ceux qui s’opposent à l’arrêt de la Cour, mais plutôt ce qu’il implique comme conséquences. La première est la reconnaissance de courants du judaïsme, qui, s’ils existent en Israël en toute légalité, sont toujours décriés par le courant majoritaire orthodoxe et par les ultra-orthodoxes. En fait, ces communautés peuvent effectuer des conversions, mais qui jusque-là, permettaient seulement d’obtenir le statut de juif auprès de l’état-civil. Et encore une fois, il ne s’agissait que de quelques dizaines de conversions par an.

Plus largement, c’est aussi la Loi du Retour qui est interpellée. Cette loi, qui date de 1951, est celle qui fixe les règles de l’immigration en Israël. Immigration qui est ouverte à toute personne qui peut justifier d’un parent ou d’un grand-parent juif.  En 1989, la portée de la loi a été étendue aux personnes qui ont effectué une conversion au judaïsme à l’étranger, même dans une institution non-orthodoxe. C’est ce qui a permis aux Juifs du bloc soviétique de faire leur alyah en masse. Un million sont arrivés en Israël au cours des années 90, mais parmi eux, un tiers environ entraient dans les critères de la Loi du Retour, mais pas dans ceux de la halacha. C’est-à-dire qu’ils sont des citoyens israéliens, mais pas des Juifs aux yeux du rabbinat. Et cela a des conséquences, quand on sait qu’en Israël, tout ce qui touche au statut personnel – mariage, filiation – est défini par l’appartenance religieuse.

Un paradoxe qui n’a toujours pas été résolu, car il touche au noyau ultrasensible des rapports entre la religion et l’Etat. On sait que, quelques mois avant l’indépendance, David Ben Gourion était allé voir les principaux rabbins orthodoxes d’Eretz Israël, pour obtenir leur soutien face à la délégation de l’Onu, qui devait s’assurer que le pays était prêt à devenir indépendant. Ils avaient accepté de ne pas aller contre, à condition que le futur Etat leur laisse le contrôle des questions religieuses, telles que les mariages, le Shabbat ou la cacherout. Ben Gourion s’y était engagé par une lettre. C’est le fameux statuquo, qui sert encore aujourd’hui de base dans les relations entre l’Etat et les institutions rabbiniques orthodoxes. Et même s’il a évolué sur certains points, il sert aussi de ligne rouge aux partis orthodoxes, qui en font un instrument de pression politique. Ce qui explique que l’arrêt de la Cour Suprême fasse autant de vagues, surtout à trois semaines des élections.

Pascale Zonszain