(Crédit: Maguen David Adom)

Il y a un an: Israël votait et découvrait le coronavirus

Difficile de croire qu’il s’est déjà passé un an. En Israël, bien sûr, on parlait déjà du Covid, mais comme d’une crise passagère. Les premiers cas avaient déjà atteint le pays, mais si on en parlait, c’était surtout parce qu’il y avait des bureaux de vote spécialement installés pour les électeurs en quarantaine. Comme une anecdote, qui mettait un peu de sel dans cette troisième élection, qui s’annonçait aussi fastidieuse que les deux précédentes.

Il y a un an, c’était plutôt l’annonce du procès de Benyamin Netanyahou qui occupait les esprits. Allait-il influer sur l’issue du scrutin ? L’ancien chef d’état-major Benny Gantz, à la tête de la liste centriste Bleu Blanc allait-il mettre fin à onze ans de pouvoir du Likoud ? Avigdor Liberman allait-il se rallier au bloc anti-Bibi ? Ce 2 mars 2020 en Israël, personne ne voit le pays ni le monde prêts à basculer dans une des plus graves crises sanitaires de l’histoire. Et pourtant, déjà, le 5 mars, Israël commence à fermer ses frontières aux visiteurs étrangers.

Mais c’est la fête de Pourim, une semaine plus tard, qui agit comme un détonateur. Les célébrations se sont déroulées normalement. Elles vont faire bondir la contagion. Le 14 mars, le gouvernement met en place le premier confinement. Le 20 mars, on annonce le premier décès. Le 8 avril, les fêtes de Pessah se déroulent en comité restreint. Les familles sont séparées, les personnes âgées isolées. Les synagogues, comme tous les autres lieux de culte, sont fermés.

Et pourtant, on croit encore que l’épidémie va se dissiper. Le 19 avril, Israël est le premier pays à entamer son déconfinement. Courant mai, presque toutes les limitations sont progressivement levées. L’économie reprend. Le plus dur semble passé. On reparle politique. Benyamin Netanyahou et Benny Gantz concluent l’accord de coalition qui va permettre l’investiture d’un nouveau gouvernement d’union paritaire, dont les deux hommes seront successivement Premier ministre. Mais cet ornithorynque politique va rapidement montrer ses limites.

Au début de l’été, on frôle déjà la première crise majeure, autour du vote du Budget, qui manque faire chuter le gouvernement, quand les partenaires de la coalition parviennent in extremis à repousser l’échéance jusqu’à la fin décembre. Entretemps, le Covid qui avait fait une fausse sortie, repart de plus belle. De nouvelles restrictions sont mises en place, alors que dans la rue, les manifestations se multiplient. D’un côté, celles des « anti-Balfour » qui réclament la démission de Benyamin Netanyahou à cause de son inculpation pour corruption. De l’autre, celles des petits commerçants et des travailleurs indépendants, qui protestent contre la dégradation de leur situation économique.

Le deuxième confinement est mis en place fin septembre, alors que l’été n’a apporté qu’une bonne nouvelle : celle de la normalisation des relations avec le Bahreïn et les Emirats. Israël passe le cap des deux mille morts du Covid. L’automne se traine entre les chiffres du virus et l’usure politique. Jusqu’à la fin décembre : la coalition explose et la campagne vaccinale commence. Depuis, le troisième confinement a encore un peu plus érodé la résilience. Plus de 5.700 personnes sont mortes du Covid. Près de 3 millions et demi d’Israéliens ont été totalement vaccinés. Et dans 21 jours, Israël retournera voter.

Pascale Zonszain