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Les couleurs du déconfinement

Mercredi soir, parents, enfants et enseignants avaient les yeux rivés sur les écrans de téléphone. Chacun avec son groupe WhatsApp ou autre messagerie collective, tentait de trouver la sortie du labyrinthe. Quelle école a le droit de rouvrir ? Qui peut confirmer ? Faut-il présenter un test négatif ? Quels profs ont été vaccinés ? Et surtout : a-t-on la bonne couleur ? Du rouge au vert, ce sont quatre couleurs qui classent les localités israéliennes en fonction de leur taux d’infection au Covid.

Et depuis vingt-quatre heures, on cherche la couleur de sa ville avec la même fébrilité que des lycéens de Terminale attendant les résultats du bac. Car le gouvernement israélien a décidé que seules les localités en vert et en jaune, c’est-à-dire les moins touchées par le virus, auront le droit de rouvrir les écoles, et encore seulement pour les classes de maternelle, une partie des primaires et les classes de 1ère et Terminale. Seulement ces localités représentent à peine 20% des communes du pays.

Et les autres ? Eh bien c’est là que ça se complique, surtout pour ceux qui tombent dans la catégorie orange. Pour ces localités, sera pris en compte le taux de personnes de plus de 50 ans ayant reçu les deux doses de vaccin anti-Covid. Au-dessus de 70%, les écoles pourront rouvrir. En dessous, elles resteront fermées. Et dans les villes de plus de 200.000 habitants ? Eh bien ça dépendra des quartiers. Oui pour l’orange, non pour le rouge.

Même si les tableaux, établis par le commandement de la défense civile de Tsahal sont accessibles sur presque toutes les plateformes internet, il n’est pas facile de s’y retrouver. Alors, chacun veut s’assurer qu’il n’a pas fait d’erreur, que son quartier est de la bonne couleur et pas rouge clair ou orange foncé. Bref, une belle pagaille.

Sans compter que les parents, comme les enfants, sont à bout de nerfs. Si les petites classes et les 1ère-Terminale ont eu droit à quelques semaines de cours en présentiel entre les confinements, toutes les autres classes ont dû se contenter des cours par Zoom, pratiquement depuis la rentrée, en plus des mois de téléenseignement déjà accumulés au printemps dernier. Une situation qui use aussi les professeurs.

Seulement voilà, tous les enseignants ne sont pas prêts à se faire vacciner, ou ne l’ont pas encore fait. Et cela inquiète aussi évidemment les parents, qui redoutent un risque de contamination de leurs enfants. Là-dessus, pas de politique claire du ministère de l’Education ni des directions d’établissements. Et les parents ne savent pas si leurs enfants seront pénalisés, s’ils refusent dans ces conditions de les envoyer en cours.

Et l’on n’a encore rien dit des localités ultra-orthodoxes, toutes dans le rouge. Le rav Kaniewsky, principale figure du monde harédi a appelé ses fidèles à se faire vacciner, mais a aussi averti le gouvernement que sans mesure d’aménagement spécifique, il autoriserait l’ouverture de tous les établissements scolaires, malgré les restrictions sanitaires.

Il est vrai que le secteur ultra-orthodoxe avait été le premier à mettre en garde sur les effets de la fermeture des écoles sur les enfants. Ce qui était pour eux des dommages spirituels, est devenu pour le reste de la population israélienne des dommages psychologiques. Un autre effet du Covid pour lequel on attend aussi un traitement.

Pascale Zonszain