(Crédit: chaîne de la Knesset)

La politique israélienne n’a pas trop de candidats, elle a trop de partis

Commençons par un petit exercice de calcul politique élémentaire. Sachant qu’Israël a un mode de scrutin de liste à la proportionnelle intégrale, que la Knesset compte 120 députés et qu’il faut à un parti un minimum de 4 élus pour siéger au Parlement, combien de partis peut-on faire entrer à la Knesset ? Bravo, c’est bien ça : la Knesset peut compter un maximum de 30 partis. Evidemment, ce scénario est complètement improbable, mais cela donne une idée de la complexité de la situation politique d’Israël.

Cette nuit, la Commission électorale a enregistré les dernières inscriptions pour les législatives du 23 mars. Et on sait donc désormais qui va faire campagne et dans quelles conditions, sachant que les prochaines alliances seront celles qui se noueront après les élections pour la formation du gouvernement.

C’est toujours le Likoud qui est en tête dans les intentions de vote avec une trentaine de sièges, suivi par les partis de taille moyenne affichant un potentiel de dix à vingt mandats et enfin les petits partis qui n’atteindront probablement pas la dizaine de députés. Et c’est toujours à ce mode de scrutin que l’on doit cette carte composite, où aucun parti n’est plus en mesure de dégager une majorité absolue.

D’autant que certains de ces partis ou en tout cas leurs leaders, n’ont pas une très forte longévité politique. Certains partis parce qu’ils ne survivent pas au départ de leur dirigeant, certains députés parce qu’ils n’ont pas réussi à trouver leur place sur l’échiquier. Qui se souvient d’Avi Gabbaï, qui a été à la tête du parti Travailliste en 2017 ? Ou de Moshe Kahlon et son parti Koulanou qui n’a pas tenu plus d’une législature, avant de se faire absorber par le Likoud en 2019 ?

En Israël, les partis établis ne sont pas toujours des aimants suffisants pour ceux qui se lancent dans la carrière politique. Et de plus en plus, on assiste à l’entrée en lice de candidats qui préfèrent monter leur propre structure. Aucun des partis en course pour le scrutin du 23 mars n’a présenté de nouvelle recrue de premier plan, qu’il s’agisse de personnalités de la société civile ou d’anciens hauts gradés des services de sécurité. En revanche, on a vu des partis débaucher les élus de leurs concurrents, ou encore des nouveaux venus qui ont donc préféré courir sous leurs propres couleurs, quand ils auraient eu leur place dans un parti déjà existant. On pense par exemple au maire de Tel Aviv, Ron Huldaï, qui en d’autres temps, se serait présenté sur la liste Travailliste. Ou encore Gideon Saar ou Naftali Bennett qui en toute logique, auraient dû figurer sous la bannière du Likoud.

On assiste à une personnalisation de la politique israélienne qui est dans une certaine mesure, en train de remplacer l’idéologie, et où le nom du candidat devient plus important que celui de son parti. Ceux qui redoutent de figurer trop bas sur la liste pour espérer entrer à la Knesset ou décrocher un portefeuille ministériel, se disent qu’il vaut mieux tenter d’être le premier d’un petit parti que le dixième dans un grand. Et que si le vent électoral leur est favorable, ils deviendront le renfort indispensable pour former une coalition et obtenir en récompense une place à la table du gouvernement. On pensait que ce système avait atteint son paroxysme aux dernières élections. Il n’est pas impossible que cela recommence le 23 mars.

Pascale Zonszain