(Crédit: police israélienne)

Les armes, le fléau des Arabes israéliens

On a déjà eu l’occasion d’évoquer le problème aigu de la criminalité et de la violence dans le secteur arabe israélien. Le drame qui s’est déroulé dans la localité de Tamra en est un exemple supplémentaire. Lundi soir, la police était appelée pour des tirs contre une maison de la ville arabe. A leur arrivée, les policiers ont été pris sous le feu de trois hommes, armés de fusils d’assaut semi-automatiques. Ils ont riposté, tuant l’un des agresseurs et en blessant un second, tandis que le troisième parvenait à s’enfuir. Mais, surtout, dans la fusillade, un jeune étudiant de 22 ans, a été tué d’une balle en plein cœur. Et le médecin qui s’était porté à son secours, a été blessé.

Ce dramatique événement n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Les incidents impliquant des armes à feu dans les localités arabes israéliennes sont pratiquement quotidiens. Outre la criminalité domestique, les règlements de comptes entre bandes rivales et les agressions et actes de racket y sont monnaie courante. L’an dernier, la violence a fait 96 morts dans le secteur arabe israélien, un record historique.

On estime à environ 500 mille, le nombre d’armes à feu en circulation dans les localités arabes israéliennes. Qu’il s’agisse d’armes de poing, de fusils de chasse, d’armes de fabrication artisanale comme les « Carlo », réplique des pistolets mitrailleurs Carl-Gustav, ou même de fusils d’assaut militaires, comme les M-16 impliqués dans la fusillade de lundi à Tamra, et qui sont directement volés dans les armureries de Tsahal et revendus en contrebande, ou encore d’armes en provenance des territoires palestiniens, le marché des armes clandestines est florissant. Non seulement elles sont utilisées par des bandes de crime organisé, mais elles sont aussi désormais recherchées par de simples citoyens, exaspérés par l’insécurité et qui veulent assurer leur propre sécurité.

La police israélienne a lancé à plusieurs reprises des campagnes de collecte d’armes, garantissant l’impunité à ceux qui viendraient déposer leur fusil ou leur pistolet au commissariat local. Mais jusqu’à présent, aucune de ces opérations n’a donné de réel résultat, permettant tout au plus de mettre hors-circuit quelques centaines d’armes.

Le problème est connu des pouvoirs publics et des plans existent pour tenter de contenir la violence dans le secteur arabe. Mais leur application reste limitée, que ce soit pour des raisons politiques ou à cause du déficit de confiance de la population envers les autorités, qui s’est encore creusé depuis les émeutes d’octobre 2000. Avec la crise sanitaire et ses dommages économiques, la situation s’est encore aggravée. Elle se traduit aussi au niveau politique, à travers les divisions au sein de la Liste Arabe Unifiée, avec le parti islamiste Raam qui devrait faire la course seul, alors qu’il préconise le soutien à un candidat sioniste pour faire avancer les intérêts du secteur sur la scène politique nationale. En tout cas, telle une cocotte-minute sous pression, le secteur arabe israélien est proche du point de saturation. Une urgence de plus à l’ordre du jour du prochain gouvernement israélien.

Pascale Zonszain