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Israël doit-il aussi vacciner les Palestiniens ?

Dès le début de l’épidémie, Israël et l’Autorité Palestinienne se sont retrouvés confrontés de la même manière à la propagation du virus et ont réagi de la même manière, en confinant leur population. C’est même l’Autorité Palestinienne qui a fermé un temps ses points de passage avec Israël pour éviter d’importer le virus dans les territoires autonomes. La situation dans la Bande de Gaza était moins problématique, dans la mesure où il n’y a plus de circulation entre le territoire côtier et Israël depuis des années.

La donne a changé depuis que les vaccins sont disponibles. L’Autorité Palestinienne a passé commande auprès de plusieurs laboratoires, mais n’a encore reçu que peu de doses, dont quelques centaines qui lui ont été données par Israël. La première livraison de plusieurs milliers de vaccins russes, qui devait arriver cette semaine, a été retardée de quelques jours. Ajouté à cela que les vaccins Spoutnik n’ont pas obtenu l’autorisation du ministère israélien de la Santé. Ce qui va poser un problème, sachant qu’ils devront d’abord transiter par Israël.

Sur le plan du droit international, Israël n’est pas obligé de fournir des vaccins aux Palestiniens. La Cisjordanie et la Bande de Gaza ne sont pas des territoires occupés, mais disputés, et font l’objet d’accords israélo-palestiniens depuis 1993. Ils ne relèvent donc pas de la Convention de Genève qui oblige une puissance occupante à veiller à la santé de la population du territoire occupé, puisque ce sont les accords d’Oslo qui s’appliquent.

En ce qui concerne ces accords, ils prévoient que la santé et l’importation de médicaments sont entièrement du ressort de l’Autorité Palestinienne, tant pour la Cisjordanie que pour Gaza. Les textes indiquent aussi que les deux parties doivent se coordonner en cas d’épidémie, mais il n’est pas spécifié qu’Israël doive fournir des soins ou des médicaments.

Le ministre israélien de la Santé a déclaré il y a quelques semaines qu’Israël ne fournirait pas de vaccins aux Palestiniens avant d’avoir achevé la campagne de vaccination de sa propre population. Ce qui n’empêche pas les autorités israéliennes de réfléchir à la question. Pour les vaccins russes, on envisage de les considérer comme des dons du gouvernement russe, et non pas comme des importations, ce qui règlerait le problème de leur validation.

Mais si Israël n’est pas tenu légalement de vacciner la population palestinienne, il peut être de son intérêt de le faire sur le plan sanitaire. Tant que les territoires autonomes resteront un foyer d’infection, cela retardera d’autant le seuil d’immunité collective pour les Israéliens. Les deux populations sont voisines et se croisent régulièrement, avec les Palestiniens de Cisjordanie qui travaillent en Israël et les Arabes israéliens qui se rendent dans les territoires.

Et il y a encore la question logistique. Pour les vaccins qui doivent être stockés à basse température, l’Autorité Palestinienne n’a pas les capacités de stockage requises. Et dans la Bande de Gaza, les fréquentes coupures de courant compliquent encore la situation. D’une manière ou d’une autre, Israël finira probablement par s’impliquer dans la campagne vaccinale palestinienne.

Pascale Zonszain