(Crédit: chaîne de la Knesset)

La droite israélienne dans tous ses états

Si l’on se fie aux sondages, la droite peut compter sur une majorité de près de 80 mandats sur les 120 que compte le parlement israélien. Et pourtant, la droite israélienne n’a de bloc que le nom. Depuis que le Likoud doit compter avec deux partis qui chassent sur ses terres, Benyamin Netanyahou s’est donné pour priorité de freiner la fuite de ses électeurs. Jusqu’à présent, il parvient d’ailleurs à limiter les dégâts, voire à reprendre une partie de ses voix perdues. Depuis la mi-décembre, le Likoud est remonté de 27 à 30 sièges dans les intentions de vote, tandis que le parti Nouvel Espoir de Gideon Saar est lui descendu de 21 à 15 sièges. Quant au parti Yamina de Naftali Bennett, il ne décolle plus de la troisième position où l’a relégué Gideon Saar, avec 14 mandats.

Cela dit, Bennett ne s’en tire pas si mal, considérant que le parti Unité Nationale de Betsalel Smutrich, avec qui il était allié, a repris son indépendance pour tenter de former une autre alliance. Smutrich a d’ailleurs rebaptisé son parti, qui s’appelle désormais « Sionisme Religieux ». Et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Le Likoud, Yamina et Nouvel Espoir se présentent comme des partis généralistes, libéraux et visent tous les trois la droite modérée. La formation de Betsalel Smutrich elle, vise le créneau de la droite sioniste religieuse. Il estime qu’il peut constituer une alliance électorale avec d’autres personnalités de ce camp, telles que l’avocat et activiste nationaliste Itamar Ben Gvir, et aussi avec le parti du Foyer Juif, qui vient pour la première fois d’élire une femme à sa tête, Hagit Moshe. Seulement le Foyer Juif, un des plus anciens partis du paysage politique israélien, pèse à peine deux mandats dans les sondages, ce qui veut dire moitié moins que le minimum pour atteindre le seuil de représentativité à la Knesset. L’électorat sioniste religieux va du centre à la droite nationaliste, et le Foyer Juif a toujours préféré se tenir à l’écart des extrêmes, que ce soit dans l’orthodoxie religieuse ou dans le nationalisme idéologique, et en particulier ceux que l’on appelle les orthodoxes sionistes. Et pourtant, c’est avec tous ces acteurs que Betsalel Smutrich cherche à former une alliance. Selon Itamar Ben Gvir, qui soutient l’idée, elle pourrait d’ailleurs obtenir au moins six mandats à la Knesset.

Et c’est précisément ce qu’espère Benyamin Netanyahou. Le scénario idéal du Premier ministre israélien serait de former un bloc avec les sionistes religieux et les deux partis orthodoxes pour arriver à former une majorité. Mais pour cela, il faudrait que le Likoud réussisse à monter à 40 sièges. Un rétablissement qui parait toutefois difficile à réaliser, tant que les deux partis rivaux de Saar et de Bennett représenteront une trentaine de sièges.

Car les deux outsiders continuent à accumuler les prises de guerre, censées leur attirer un électorat supplémentaire. Gideon Saar a réussi à recruter pour son parti Nouvel Espoir David Elhayani, transfuge du Likoud et président de Yesha, le conseil des implantations de Judée Samarie. Quant à Naftali Bennett, il a récupéré Abir Kara, le chef de file des Shulmanim, le mouvement des travailleurs indépendants, qui protestent depuis des mois contre la crise économique et sanitaire. Autant d’électorats potentiels qui pourraient creuser le déficit de voix du Likoud.

Pascale Zonszain