Mahmoud Abbas (Crédit : DR)

Elections palestiniennes programmées mais incertaines

On n’y croyait plus. Et pourtant… le chef de l’Autorité Palestinienne a annoncé des élections générales pour l’ensemble des territoires autonomes. Premier scrutin pour le renouvellement du Conseil Législatif le 22 mai, puis élection présidentielle le 31 juillet et enfin vote pour le Conseil National palestinien le 31 août. Le décret pris vendredi par Mahmoud Abbas met fin à près de quinze années de paralysie politique. Abbas avait été élu à la tête de l’Autorité Palestinienne en 2005. En 2006, les législatives avaient vu la victoire du Hamas devant le Fatah. Mais le mouvement historique de Yasser Arafat avait refusé de reconnaitre sa défaite face à l’organisation islamiste et avait annulé dans les faits les résultats de l’élection.  

La dégradation entre les deux partis rivaux avaient atteint la rupture complète en 2007, quand le Hamas s’emparait par la force de la Bande de Gaza et du même coup entrait dans la clandestinité en Cisjordanie, restée sous le seul contrôle du Fatah. Depuis, ce sont deux entités politiques distinctes qui gouvernent les territoires autonomes de Judée Samarie et de Gaza. Abbas reste au pouvoir alors que son mandat a expiré en 2010. Quant au parlement palestinien, il est devenu une simple chambre d’enregistrement.

Ce n’est pas la première fois qu’un accord de réconciliation obtenu par l’Egypte, le Qatar ou la Turquie, prévoit l’organisation de nouvelles élections. Mais jamais jusqu’à présent, on n’était parvenu à l’organisation concrète d’un calendrier électoral. Plusieurs raisons à la volte-face de Mahmoud Abbas. D’abord, la victoire d’un président démocrate aux Etats-Unis. L’investiture cette semaine de Joe Biden à la Maison Blanche fait espérer au chef de l’Autonomie une position américaine plus favorable aux Palestiniens. Mais Abbas sait qu’il doit pour cela donner des gages de bonne volonté, à commencer par le respect du processus politique, auquel tiennent les Démocrates américains.

Et puis, il y a aussi la reconfiguration du Moyen Orient. Avec les Accords d’Abraham et la normalisation des relations de plusieurs régimes sunnites avec Israël, le dossier palestinien a été relégué à l’arrière-plan. Mahmoud Abbas a besoin de se rappeler au bon souvenir de ses alliés arabes, qui se sont recentrés sur leur rapprochement avec Israël face à la menace commune de l’Iran.

Toutefois, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Le Fatah n’est pas pressé de voir le Hamas reprendre pied en Cisjordanie. Quant à Mahmoud Abbas, âgé de 85 ans, il n’a pas encore formellement annoncé sa candidature. Et s’il se représente, il devrait être battu par le leader du Hamas Ismaïl Haniyeh. Mahmoud Abbas pourrait aussi botter en touche, en laissant à Israël le choix d’autoriser ou non la candidature du Hamas et la tenue des élections dans les quartiers arabes de Jérusalem. Si d’ici là, aucun autre événement intérieur ne vient torpiller une nouvelle fois la réconciliation palestinienne.

Pascale Zonszain