(Crédit: Avi Ohayon/GPO)

Pourquoi Israël doit réussir sa transition stratégique avec les Etats-Unis

Une quinzaine d’objectifs frappés dans l’est de la Syrie, près de la frontière irakienne, dans la nuit de mardi à mercredi. Les cibles étaient apparemment des installations iraniennes, tenues par les gardiens de la Révolution iraniens, des miliciens du Hezbollah libanais et de groupes armés afghans, et qui abritaient des armes et des équipements destinés à grossir l’arsenal des milices pro-iraniennes en Syrie et au Liban. Il s’agirait notamment de composants pour des missiles de précision et aussi en rapport avec le programme d’armement nucléaire de l’Iran. Le raid, attribué à l’aviation israélienne aurait coûté la vie à une vingtaine de miliciens pro-iraniens. Il s’agit de la quatrième attaque de ce type en l’espace de trois semaines. Outre son ampleur, la particularité de ce raid est qu’il aurait été effectué sur la base d’informations fournies par les services de renseignements américains, selon une source proche du dossier, citée par l’agence Associated Press, qui ajoute que le Secrétaire d’Etat Mike Pompeo, se serait entretenu quelques heures avant le raid, avec le chef du Mossad Yossi Cohen.

Une telle coopération entre les Etats-Unis et Israël n’a rien d’inédit. Ce qui est intéressant en revanche, c’est l’origine de la fuite vers la presse. Et ce n’est évidemment pas un hasard si l’information sort quelques jours à peine avant l’investiture de Joe Biden à la Maison Blanche. L’administration républicaine sortante  a durci durant quatre ans la position des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran. Et si le président Trump a retiré son pays de l’accord international sur le nucléaire iranien, il a aussi laissé Israël poursuivre sa campagne pour freiner l’enracinement de l’Iran en Syrie.

Les coups portés à l’Iran au cours de l’année écoulée, qu’il s’agisse des dégâts dans son installation nucléaire de Natanz ou de l’élimination de Qassem Suleimani et de Mohsen Fakhrizadeh, ont laissé un compte ouvert avec Israël et avec les Etats-Unis. Cette menace commune de représailles ne va évidemment pas disparaitre avec l’arrivée à Washington du nouveau président démocrate. Si les Iraniens ont jusqu’ici échoué ou préféré reporter leur riposte, en attendant une administration américaine plus disposée à négocier, cela ne signifie pas qu’ils abandonneront leur projet nucléaire, ni l’implantation de leur bases avancées contre Israël en Irak, en Syrie, au Liban ou au Yémen.

Il est donc fondamental pour Israël de conserver sa liberté de manœuvre militaire contre les agissements de l’Iran et ses tentatives de reproduire dans d’autres pays de la région ce qu’il a déjà fait avec le Hezbollah au Liban. Et il est au moins aussi important de garder un pied dans la porte à Washington, quand la nouvelle administration Biden va commencer à plancher sur les modalités d’un retour dans l’accord de Vienne avec l’Iran. Sur ce plan, Benyamin Netanyahou a missionné un groupe de réflexion, avec des responsables de la Défense, des Affaires étrangères, du Conseil National de Sécurité et de l’Agence à l’Energie Atomique, chargé de plancher sur la meilleure stratégie à suivre avec l’équipe du président démocrate. Etablir le dialogue stratégique avec Washington, dès l’entrée en fonction de l’administration Biden, doit être une priorité pour Israël.

Pascale Zonszain