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Le Capitole, vu de la Knesset

Pour Israël, l’assaut du Capitole mercredi à Washington était un double drame. D’abord à cause de la proximité particulière que le pays a développée avec les Etats-Unis, mais aussi parce que celui qui était au cœur de l’événement n’était autre que le président américain avec le bilan pro-israélien le plus impressionnant depuis des décennies. Comment Donald Trump peut-il être ce personnage à deux faces, qui d’un côté reconnait Jérusalem, le Golan et rapproche les régimes sunnites d’Israël, et de l’autre galvanise ses partisans au point de les faire marcher sur le symbole de la démocratie et du monde libre ?

Pour les Israéliens, la stabilité des institutions américaines est souvent prise comme référence et comme mètre étalon pour mesurer leur propre démocratie. Les institutions politiques d’Israël se sont largement construites sur le modèle anglo-saxon, même s’il est plus britannique qu’américain. Le bipartisme a longtemps marqué l’équilibre parlementaire entre majorité et opposition. Le Premier ministre, même s’il n’est pas élu directement par les citoyens, a des pouvoirs comparables à celui du président des Etats-Unis. Et la Cour Suprême a quasiment autant d’importance en Israël, dont le droit s’élabore largement à partir de la jurisprudence.

Sur le plan stratégique, mais aussi diplomatique, nul besoin de rappeler à quel point les Etats-Unis jouent un rôle fondamental pour Israël, qui a même droit, par l’intermédiaire de la communauté juive américaine, à un lobby, l’AIPAC, au Congrès américain. C’est d’ailleurs l’un des groupes de pression les plus puissants à Washington. Et tout politicien israélien ayant des ambitions nationales, se doit de connaitre et de se faire connaitre par les sénateurs et les élus de la chambre des représentants, s’il veut avoir une assise politique solide.

Alors, quand le Capitole est attaqué, c’est un peu de la démocratie israélienne qui est attaqué. Pour quelques heures, les Israéliens ont d’ailleurs oublié leur propre crise politique, l’imminence de leur nouveau confinement et l’incertitude sanitaire, pour s’émouvoir du drame qui se jouait à des milliers de kilomètres de chez eux.

En Israël aussi, la crise du Covid a attisé les inquiétudes et le mécontentement. Tous les samedis soir, des centaines de manifestants se rassemblent près de la résidence du Premier ministre à Jérusalem pour réclamer sa démission. Ces manifestations sont même autorisées, dans le cadre de la liberté d’expression, malgré l’état d’urgence sanitaire et leurs participants ne cherchent pas à donner l’assaut à la résidence de Benyamin Netanyahou.

En fait, il n’y a eu qu’un seul cas de ce genre dans l’histoire d’Israël et il visait la Knesset. C’était en 1952, David Ben Gourion venait de conclure avec l’Allemagne un accord de réparation qui allait la faire payer pour les biens juifs détruits par les nazis, considérant que cet argent allait aider à la construction d’Israël. Mais pour les rescapés de la Shoah, c’était insupportable. Alors que les députés votaient sur le traité, des centaines de manifestants ont pris d’assaut la Knesset et pénétré dans l’assemblée. Il a fallu des heures à la police pour les repousser. L’événement était plus un cri de détresse qu’une attaque contre les institutions. Il ne s’est jamais reproduit.

Pascale Zonszain