(Crédit: ministère israélien de la Défense)

Il y a 30 ans, le confinement de la guerre du Golfe

Qui se souvient encore de la 1ère guerre du Golfe ? Au début du mois d’août 1990, l’Irak de Saddam Hussein envahit le Koweït et au cours des mois qui suivront, une coalition de plus de trente pays, conduite par les Etats-Unis, entrera en confrontation avec l’Irak pour le contraindre à reculer. En Israël, on se prépare à une guerre qui semble inévitable et aux bombardements dont l’Irak menace la population civile. Saddam, qui a développé des armes chimiques, pourrait en équiper les ogives de ses missiles. Tous les Israéliens vont recevoir une boite de carton fermée d’une lanière de plastique noir qu’ils devront avoir en permanence avec eux. A l’intérieur, un masque à gaz et une piqure d’atropine. Et dans chaque maison, dans chaque lieu de travail, il faut installer une pièce étanche. Il s’agit de recouvrir l’intérieur des fenêtres et des portes de bâches plastiques fixées avec du ruban adhésif, qui seront censées faire barrage au gaz que pourraient lâcher les missiles.

Durant des mois, l’angoisse monte, jusqu’à l’expiration de l’ultimatum des Nations Unies, le 15 janvier 1991. Quelques heures plus tard, c’est le début de l’opération Tempête du Désert. Et pour Israël, ce sont les bombardements qui commencent, dans la nuit du 17 janvier. Au total, 39 missiles s’abattront sur le pays jusqu’au dernier jour des hostilités à la fin février, et qui feront 77 victimes. Même si l’Irak n’a tiré que des missiles conventionnels, cette drôle de guerre a été particulièrement pénible pour les Israéliens. Avec la tombée de la nuit, commençait la tension et l’attente des sirènes. A l’époque, Israël n’a pas encore développé son système de pré-alerte localisé, qui ne se déclenche que sur le périmètre menacé et chaque approche de Scud déclenche les sirènes de tout le pays.

Alors, la plupart des gens préfèrent ne pas attendre et prennent l’habitude de dormir dans la pièce étanche, avec le masque à gaz à portée de main qu’il faut enfiler dès le début de l’alerte. La radio ou la télé restent allumées pour suivre les consignes que donne le porte-parole de Tsahal. Toutes les nuits, durant quarante jours, c’est le même scénario qui se répète, d’autant plus difficile à supporter que le président américain George Bush a fait pression sur le Premier ministre Itzhak Shamir pour qu’il ne riposte pas aux attaques irakiennes et laisse opérer les batteries de défense aérienne américaines Patriot, qui ne parviendront pas à arrêter les Scuds de Saddam.

Israël a pourtant tiré des enseignements de cette frustration et de cette impuissance. C’est à la suite de la 1ère guerre du Golfe, que Tsahal a créé son commandement pour la protection de la population civile, le Pikud Haoref, avec des soldats spécialement formés aux opérations de secours et engagés aujourd’hui dans la lutte contre le Covid. C’est aussi à la suite des bombardements irakiens, que tous les immeubles construits depuis 30 ans doivent obligatoirement comporter une pièce fortifiée par logement. Et c’est depuis la guerre de 91 que l’industrie de défense israélienne a commencé à renforcer son programme de défense antimissile, aujourd’hui le plus performant au monde. La résilience israélienne a surmonté le confinement de la guerre du Golfe. Trente ans plus tard, elle peut surmonter celle du Covid.

Pascale Zonszain