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Mercato dans le camp centriste israélien

Encore un coup dur pour le parti de Benny Gantz. Cette fois, c’est son ministre de la Justice, Avi Nissenkorn, qui claque la porte. L’élu du parti Bleu Blanc n’avait pas du tout apprécié que son patron propose de réduire ses attributions, en échange d’un dernier compromis avec le Likoud pour maintenir le gouvernement en place. Nissenkorn, connu du public israélien pour avoir été à la tête de la Histadrout, la centrale syndicale israélienne, a annoncé qu’il ralliait le nouveau parti que vient de créer Ron Huldaï, le maire de Tel Aviv, qu’il a préféré au parti Travailliste, qui lui proposait aussi de rejoindre ses rangs.

Après le big bang de la droite israélienne, qui a vu en quelques semaines la candidature de deux personnalités, Gideon Saar et Naftali Bennett pour succéder à Benyamin Netanyahou, c’est donc au tour du centre et du centre gauche de rebattre leurs cartes. L’effondrement du parti de Benny Gantz, qui paye le prix fort pour son entêtement à rester aux côtés du Likoud, laisse vide ce créneau politique, que de nouveaux acteurs vont tenter de combler.

Et comme souvent, le processus se déroule en deux étapes. D’abord, l’éclatement et ensuite le regroupement. L’éclatement, ce sont les défections comme celles d’Avi Nissenkorn et d’autres élus de Bleu Blanc, mais aussi la création de nouvelles formations politiques, comme celle de Ron Huldaï, qui espère donc piocher dans l’électorat de Gantz. Un électorat qui intéresse aussi Ofer Shelah, numéro deux du parti centriste laïc Yesh Atid, et qui a décidé de quitter son patron Yaïr Lapid, pour voler de ses propres ailes. Quant à Yaïr Lapid, il pourrait renoncer à son alliance avec Moshe Yaalon, qui l’avait suivi dans l’opposition, au profit d’un rapprochement avec Tsipi Livni. L’ancienne ministre d’Ariel Sharon et d’Ehud Olmert, qui avait pris sa succession à la tête du parti Kadima, et qui avait failli devenir chef du gouvernement en 2009, et qui avait quitté la vie politique l’an dernier, après une alliance avec le parti Travailliste en 2015. Bref, dans le mercato politique israélien, on explore dans toutes les directions.

On a parlé d’éclatement et de recrutement, il faut encore évoquer les regroupements. Si l’on regarde la photo actuelle donnée par les sondages, ce qui reste du parti de Benny Gantz est crédité au maximum de 5 sièges et son frère ennemi de l’opposition, Yesh Atid, peut en espérer 16. Le reste va à la droite, à la liste arabe et au parti Meretz, seul survivant à gauche, puisque le parti Travailliste n’atteint pas le seuil de représentativité à la Knesset. Même problème pour ces nouveaux partis centristes, dont aucun n’arrive aux 4 élus minimum pour siéger au parlement. Donc, pour eux, une seule solution : faire la course ensemble.

Ce qui ne va pas aller sans certaines difficultés. Quel parti sera dominant ? Qui tiendra la tête de liste ? Pour l’instant, à part Yaïr Lapid, qui est aussi le chef de l’opposition, il n’y a aucune personnalité de premier plan, ni ténor de la politique. Aucun nom qui soit un aimant pour le public, face aux poids lourds avancés par la droite. Les mauvais calculs de Benny Gantz lors de son alliance avec le Likoud, pourraient coûter une partie de son électorat au camp centriste israélien.  

Pascale Zonszain