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Le Yémen, nouveau front pour Israël

Il y a une semaine, un sous-marin de Tsahal traversait le canal de Suez pour passer en mer Rouge. Le passage s’est effectué en surface, et le bâtiment israélien était donc parfaitement identifiable. Quelques jours plus tard, le porte-parole de Tsahal, dans une interview au site d’infos saoudien Elaph, ne commentait pas l’événement mais confirmait que tous les sous-marins israéliens étaient en alerte. Et il révélait au passage une autre information intéressante : « nous surveillons les mouvements de l’Iran dans la région. Il est possible que l’Iran attaque depuis l’Irak ou depuis le Yémen. Nous disposons d’informations sur le développement par l’Iran de drones et de missiles en Irak et au Yémen, capables d’atteindre Israël » affirmait le général Zylberman.

Si le sous-marin aperçu à Suez mettait bien le cap sur l’est, il n’est pas certain pour autant qu’il se rendait dans le Golfe Persique. Il est même assez probable qu’il faisait route vers le Yémen. Cela fait déjà plusieurs années que la marine israélienne opère en mer Rouge. Il s’agit principalement de sécuriser la navigation de la marine marchande israélienne en provenance et à destination du port d’Eilat, et de prévenir et d’intercepter la contrebande d’armes de l’Iran vers les groupes terroristes qui menacent Israël. Plus récemment, les forces de défense israéliennes ont élargi leur zone de surveillance au Yémen, depuis que l’Iran – qui soutient les milices chiites Houties, face à la coalition soutenue par l’Arabie Saoudite – a entrepris de les doter d’armements susceptibles de lui donner une nouvelle position de force dans la région, voire une base de tir vers Israël. Non seulement le régime de Téhéran n’en fait pas mystère, mais il a déjà donné une idée de sa puissance de feu, lorsqu’il avait attaqué en septembre 2019, depuis le Yémen, des installations pétrolières d’Arabie Saoudite, avec des drones et des missiles de croisière.

Dans ses entretiens avec les responsables américains, le Premier ministre israélien rappelle régulièrement que l’ancrage régional de l’Iran ne se limite plus à la Syrie et à l’Irak et qu’il a désormais appliqué la même tactique au Yémen, en proie à un conflit civil depuis plus de six ans. Quant à la défense israélienne, elle ne se contente pas d’une présence navale dans le golfe d’Aden, la corne de l’Afrique et le détroit de Bab el Mandab entre Djibouti et le Yémen. Elle surveille aussi par d’autres moyens, y compris par satellite ce qui se passe dans la région.

Israël n’est d’ailleurs pas le seul pays à s’inquiéter de l’activité iranienne au Yémen. Il y a déjà quelques mois, la presse arabe a évoqué une coopération entre Israël et les Emirats Arabes Unis pour l’installation d’une base conjointe équipée de dispositifs de surveillance et d’espionnage dans l’île de Socotra, à quelques centaines de kilomètres des côtes yéménites et contrôlée par l’Arabie Saoudite.

Il y a quelques semaines, le chef d’état-major de Tsahal qui dressait le bilan sécuritaire d’Israël pour l’année 2020, avait indiqué que la défense israélienne opérait sur six fronts simultanément, sans en donner le détail. Il semble bien que l’un d’eux, soit désormais le Yémen.

Pascale Zonszain